Obama, Huckabee:
une bonne nouvelle pour les
Etats-Unis
04/01/2008
Obama chez les démocrates, Huckabee chez les républicains.
Pour les amateurs de politique américaine,
la victoire de ces deux hommes lors
du Caucus de l'Iowa est une
fête.
Se mêlent le plaisir de la surprise, la joie de voir
les "compétents" de la politique
se prendre une claque
(Clinton, Romney), l'excitation de la nouveauté, et la promesse alléchante d'une course à suspense...
Chez les démocrates, rien n'est encore gagné pour le sénateur noir de l'Illinois: il devra encore compter avec Hillary
Clinton, sénatrice de New York qui se targue d'être la plus "electable"
(d'avoir le profil le plus sérieux) et, dans une moindre mesure,
avec l'ancien sénateur de
Caroline du Nord John
Edwards (arrivé second dans
l'Iowa), favori de l'aile gauche du parti et qui a l'avantage d'être ancré au sud.
Chez les républicains, Huckabee peut se vanter d'avoir saisi, dans les neiges de l'Iowa, ce graal
que les politologues américains appellent le
"momentum" (la dynamique, l'élan).
Mais
il n'a
surgi que très récemment dans le décor, ses finances et ses réseaux sont
encore minces. Il a pour lui
des atouts précieux: celui d'être un ancien gouverneur (et pas un politicien-de-Washington,
espèce très peu prisée par les électeurs) et celui d'être anti-avortement, une carte maîtresse dans la course aux primaires républicaines (dans l'Iowa comme
dans d'autres Etats ruraux, la base locale du parti est
dominée par des évangélistes).
Il est drôle,
il porte un regard critique
sur le capitalisme
financier et très réac sur les questions de société.
L'Iowa
a rendu service à la démocratie américaine
L'Iowa,
en confiant le "momentum" à ces deux
hommes, a rendu un grand service à la démocratie américaine. La campagne promet désormais d'être aussi passionnante que le meilleur des thrillers de Hollywood, ce qui n'est pas inutile dans un pays où la politique nationale intéresse de moins en moins les citoyens. Les débats télévisés entre les candidats n'ont pas été suivis,
ces derniers mois, par plus de 1% des Américains...
Et selon une
enquête récente du Pew Research Center, un quart des sondés
ignorait qu'Hillary Clinton
était dans la course démocrate et plus de la moitié ne savaient pas que l'ancien maire
de New York, Rudy Giuliani, briguait l'investiture républicaine... En revanche, plus de deux Américains sur trois estiment que leur pays est
"sur la mauvaise voie", un score très rarement égalé.
Autre
excellent service rendu au pays par les habitants de l'Iowa: placer un Noir, d'entrée de jeu, en tête de la course démocrate. Compte tenu de l'histoire des Etats-Unis, il s'agit
d'un "tremblement de terre",
comme le constate l'excellent chroniqueur conservateur
David Brooks (c'est l'inventeur
du mot "bobo").
Et
les Américains, pronostique-t-il,
ne vont jamais
vouloir que sa course soit stoppée: "Quand un Africain-Américain est porté par une force irrésistible vers la Maison Blanche, voulez vous être celui
qui se lève et qui dit:
non?" Car la victoire d'Obama
au premier round de cette campagne
entre en résonance avec tous les plus beaux mythes américains: idéalisme, jeunesse, unité dans la diversité, nouvelle frontière à conquérir...
Go Barack, go!
Prochaine étape, le New Hampshire, mardi prochain.
Pascal Riché