Obama
et McCain, deux candidats dont les atouts sont aussi leurs
faiblesses
L'article de Émilie
SUEUR
Pendant
les cinq mois à venir, la scène politique américaine sera monopolisée par deux hommes, John McCain et Barack Obama, vainqueurs
des primaires.
De
prime abord, tout semble opposer les deux candidats. L’un est jeune, alors
que l’autre, s’il est élu,
serait le plus vieux président à prendre
ses quartiers à la Maison-Blanche. Alors que le premier est un pur produit
américain, blanc de blanc, le second est un métis aux origines africaines. L’un est un ancien
combattant au palmarès impressionnant, l’autre peut se prévaloir d’un parcours civil, engagé
dans le droit et surtout le travail social...
Au-delà de ces différences,
les deux hommes se retrouvent toutefois sur quelques points. Tous deux n’ont
jamais été des stars au sein de leurs partis
respectifs. Barack Obama n’a
percé sur la scène nationale qu’il y a trois ans, et n’était,
a priori, pas le candidat de premier choix pour l’appareil démocrate. John McCain, pour sa
part, est certes un républicain
de longue date, mais a souvent été considéré
comme un franc-tireur par
les durs du parti.
Les
deux hommes se retrouvent également sur le fait que leurs points forts sont également leurs faiblesses. Barack Obama joue sur son âge, 46 ans, et ses origines,
entre Kenya, Kansas, Hawaï,
l’Indonésie et Harvard, entre
un père noir et une mère blanche, pour se présenter comme un candidat rassembleur et capable d’incarner
le changement. Mais, si ses origines
chamarrées ont séduit de nombreux Américains, elles suscitent également la méfiance de la part d’un certain électorat,
pas nécessairement républicain
de surcroît. Capter les
partisans de Hillary Clinton n’est en effet pas acquis pour Obama, malgré le ralliement de la sénatrice de New
York. Sur Internet, des blogs
indépendants de partisans de Hillary Clinton appellent déjà à s’abstenir ou à
voter pour le candidat républicain,
plutôt que pour Obama.
McCain,
71 ans, tout en évitant de focaliser son discours sur le manque d’expérience
d’Obama (une arme utilisée par Clinton et qui n’a pas eu les effets escomptés), fait valoir que le changement
que veut incarner Obama est un faux changement. « Les Américains ne me connaissent pas d’hier. J’ai quelques
années de plus et je m’étonne qu’un jeune homme ait
adopté autant d’idées qui ont échoué », déclarait récemment McCain. Pour bien marquer ce point, le candidat républicain à la présidentielle a d’ailleurs choisi un slogan de campagne en forme de détournement de celui d’Obama. Alors que démocrate veut
incarner « le changement dans lequel nous
pouvons croire », McCain se
pose comme le « leader dans
lequel nous pouvons croire ».
Au-delà du pied de nez à Obama, ce
slogan est également une référence à
George W. Bush. Car si McCain peut
se prévaloir d’une plus longue expérience, celle-ci risque également de se retourner contre lui en ce
qu’elle peut incarner, selon ses détracteurs, la continuité des mandats Bush. De
quoi se faire du souci alors que 70 % des Américains estiment que les États-Unis vont dans la mauvaise
direction à l’issue du double mandat de George W. D’où l’urgente nécessité, pour John McCain, de se démarquer
du président sortant en insistant sur le fait qu’il sera un «
leader dans lequel nous pouvons croire
». Une référence claire à la relation pour le moins pervertie de Bush à la vérité. Certes, le mensonge fait partie des outils de travail de la plupart
des politiciens, mais avec
Bush, détourner la réalité était devenue une
politique perverse. On se souviendra
ici des multiples alertes
au risque terroriste contre les États-Unis, distillées à chaque
moment crucial, des arguments avancés pour justifier
la guerre contre l’Irak (armes de destruction massive, liens entre
Saddam Hussein et el-Qaëda...)...
Le
défi majeur des deux candidats est donc, aujourd’hui,
de rassurer les Américains,
et de s’assurer que leurs points forts le restent.