N’enterrez pas trop vite Obama

 

Par BERNARD GUETTA Bernard Guetta est membre du conseil de surveillance de Liberation.

 

La passe est rude pour Barack Obama. Elle est très rude pour ce visionnaire qui espère jeter les bases d’une refondation, faire de l’Amérique un pays fidèle à ses mythes, équitable, à l’intérieur, et porteur, à l’extérieur, de justice et de liberté. Elle est si rude que cet idéaliste vient de rappeler à ses côtés son directeur de campagne, admettant, par , que gouverner ce n’est pas seulement compter sur le bon sens et l’intelligence des hommes mais mener bataille, jour après jour, comme on arrache des voix.

 

Revers après revers, la passe est tellement rude qu’on enterre ce président aussi vite que l’«obamania» s’était développée, bien trop vite mais les faits sont . Dernier coup en date, la Cour suprême vient de juger contraire à la Constitution le plafonnement des contributions électorales des entreprises. Cela signifie qu’elles pourront financer jusqu’à plus soif des candidats, républicains ou démocrates, qui les paieront de retour en défendant leurs intérêts contre l’intérêt commun. L’argent sera plus influent que jamais au Congrès. Toutes les grandes réformes envisagées par Barack Obama en seront compliquées et, parallèlement, son projet d’extension de la couverture médicale est menacé car, en perdant le siège rendu vacant par la mort de Ted Kennedy, les démocrates ont perdu la majorité qualifiée qui leur permettait d’empêcher les Républicains de bloquer les débats du Sénat. Ce projet était la priorité intérieure de Barack Obama et, dans le même temps, la résolution du conflit israélo-palestinien, sa priorité internationale, marque le pas. Il l’a lui-même dit, dans les colonnes de Time Magazine. Il a sous-estimé, a-t-il admis, les difficultés du dossier qui n’en est pas, du tout, il aurait espéré le trouver.

 

Un an tout juste après sa prise de fonction, ce président est en échec sur ses deux grandes ambitions et cela signifie que les élus démocrates se préoccuperont désormais moins d’épauler la Maison-Blanche que de conserver leur siège, en novembre, aux élections de mi-mandat. Le tableau est sombre mais d’autres présidents américains sont passés par . Un an après sa propre élection, Bill Clinton était dans une situation bien pire encore. Non seulement, toutes ses initiatives avaient échoué mais sa femme et lui-même étaient la cible d’attaques si haineuses qu’il semblait sombrer sous la vague. Un an après son élection, Ronald Reagan n’était pas en bonne posture, non plus, mais tous deux avaient été triomphalement réélus, comme Barack Obama peut encore l’être. La page ne s’est pas tournée sur lui car l’opposition, premier atout, n’est pas assez cohérente pour constituer une majorité d’alternance. Les républicains marqueront des points en novembre, c’est, pour ainsi dire, écrit car les Américains votent régulièrement contre la Maison-Blanche, contre le pouvoir en place et contre Washington, mais sur quelles bases ce parti pourrait-il, vraiment, reprendre pied ? Sur un retour aux dérégulations de l’ère Reagan ? Non, bien sûr, puisque la crise provoquée par l’«autorégulation» du marché est passée par et que Wall Street est devenu aussi impopulaire à droite qu’à gauche.

 

Les républicains auront, au contraire, bien du mal à contrer l’offensive que Barack Obama lance contre la toute-puissance des banques. Il n’est pas même exclu que certains l’approuvent et ils ne pourront pas, non plus, jouer l’identification à la droite la plus traditionaliste, religieuse et hostile à l’évolution des mœurs. Beaucoup d’entre eux ne le voudront pas car ce conservatisme n’est pas le leur et, surtout, autant cette droite est forte au sein du parti républicain, autant elle est loin d’être majoritaire dans le pays qui ne la porterait pas au pouvoir.

 

Aux Etats-Unis, ce n’est la gauche qui est en crise d’identité. C’est la droite et, second atout d’Obama, son bilan est bon, difficultés ou pas. Il a rendu aux Etats-Unis la popularité que George W. Bush leur avait fait perdre et endigué la crise de Wall Street. Sa «main tendue» à Téhéran a permis à l’opposition iranienne de s’enhardir et, depuis ses adresses au monde musulman, les jihadistes ont plus de mal à persuader l’islam que l’Amérique serait son ennemie. Ses gestes de détente vis-à-vis de Moscou ont rapproché la Russie des Occidentaux, notamment sur l’Iran, et la définition d’une stratégie afghane autrement plus intelligente rend plus incertaine la victoire des talibans. Les pressions américaines, enfin, ont conduit le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à accepter le principe d’un Etat palestinien, ce qui n’est certainement pas tout mais certainement pas rien non plus. En un an, beaucoup de graines ont été semées. Obama peut encore rebondir. Son dernier mot n’est pas dit.