Oubli
Par
Laurent Joffrin
Qui dira
encore que Roman Polanski bénéficie
d’un traitement de faveur ? La froide mécanique judiciaire, au contraire, avance inexorablement, quoi que puissent dire ses
soutiens ou ses défenseurs. En prison depuis des semaines, le cinéaste a vu ses
demandes de libération refusées et l’engrenage de la procédure d’extradition tourner sans à-coups.
Est-ce juste ? Pour les partisans d’une justice inflexible, d’une
justice qui ne renonce jamais,
oui. Ils
sont majoritaires aux Etats-Unis. Pour les autres, non. Il existe en effet un seul argument en faveur de Polanski, mais un
argument décisif, même si sa culpabilité
initiale est évidente :
le temps. On entend bien que la prescription ne peut juridiquement s’appliquer dans cette affaire
: elle n’existe pas
en Californie pour ce type
de crime ; en France, elle aurait
été de toute manière interrompue par l’action judiciaire. Mais c’est une
affaire de principe et d’esprit. La majorité des nations
civilisées, depuis l’empire romain, considèrent que l’écoulement des décennies éteint progressivement le trouble
provoqué par l’acte d’origine. L’oubli paraît injuste aux impitoyables ;
il est pourtant
un pilier de la sagesse pénale et l’adjuvant d’une bonne administration de la
justice. D’autant qu’en l’espèce,
la victime demande qu’on tourne la page. Nul privilège donc,
pour Polanski, qui pâtit dans
cette affaire de sa célébrité plus qu’il n’en profite.
Seulement un plaidoyer logique, général, égal pour tous, en faveur d’un principe qui traduit, dans toutes les cultures, un degré plus élevé de civilisation.