Fable

 

Par Fabrice Rousselot

 

Le Tour de France aime les belles histoires. Celles de héros qui grimpent des cols improbables dans la souffrance et dans la sueur. Quoi de plus beau, dès lors, que le retour en fanfare de l’enfant prodigue américain ? Celui qui a bâti sa réputation à la force de ses mollets et de son caractère. Lance Armstrong donc, dont on a dit mille fois qu’il revenait pour se faire encore et toujours le porte-parole de la lutte contre le cancer qu’il a lui même vaincu. Peut-être sa plus belle victoire. On aimerait évidemment que la jolie fable s’arrête . On aimerait s’en tenir à cette version officielle, rien que pour la beauté du sport. Mais voilà, cela fait belle lurette que le vélo s’emploie à détruire son propre mythe. Comment parler d’Armstrong sans s’attarder sur les lourds soupçons de dopage qui pèsent sur sa personne ? Comment évoquer la Grande Boucle sans dresser la liste de ces faux champions qui, chaque année, se prennent les roues dans les contrôles de substances illicites en tous genres ? Qui s’est vraiment posé la question de l’opportunité du retour d’Armstrong dans une épreuve à l’image déjà pas mal écornée ? Personne. Tout simplement parce que le spectacle a pris le pas sur le sport. Mieux vaut un bon vieux show à l’américaine sur les routes de France et de Navarre qu’une caravane anonyme de cyclistes lambda en mal d’audience télévisée. Il n’y a pas si longtemps, en février dernier, Lance Armstrong participait au tour de Californie. Une compétition ouvertement sponsorisée par Amgen, l’un des principaux producteurs d’EPO. Pas le genre d’histoire qui contribue forcément à la légende du vélo