Le show à l’américaine
Anne-Lorraine
Bujon directrice de Humanity in action-France.
mardi 24 juin 2008
La course 2008 à l’investiture du parti démocrate illustre combien les primaires américaines sont avant tout un grand spectacle démocratique. Sur la ligne de départ, plusieurs concurrents, pas forcément les mêmes dans tous
les Etats, les règles - assez minimales - d’accès à la candidature variant d’un Etat
à l’autre. Dans
les gradins, des supporters portant
casquettes et tee-shirts aux couleurs
de leur champion. L’investiture
est déterminée par des citoyens ordinaires : ils ont
simplement choisi de se déclarer républicains, démocrates ou indépendants,
soit à l’avance, soit au moment de l’élection. Leur appartenance à un «camp» leur donne
le droit de participer au
vote, sans avoir à assumer ni
responsabilité ni
engagement particulier. La déclaration
entraîne inscription sur
les listes électorales : dans un pays abstentionniste, les primaires sont aussi l’occasion
d’enregistrer de nouveaux votants.
Les consultations dans les Etats se succèdent de janvier à juin et, au cours des premières
consultations surmédiatisées en Iowa et dans le New Hampshire, ce ne sont pas tant
les victoires ou défaites absolues qui comptent, que les surprises éventuelles par rapport aux pronostics.
Les primaires qui marquent sont celles qui permettent de faire émerger un outsider, un candidat hors
establishment qui crée l’événement.
Obama et sa campagne «à la base» prend ainsi la suite de Howard Dean, qui avait
inauguré en 2004 l’utilisation
massive d’Internet et l’appel
à de petits donateurs pour
financer sa campagne. De même, John MacCain prend en 2008 sa revanche sur le parti, qui l’avait barré en 2000 au profit de George W. Bush.
Ce premier tour de piste
expose de quel bois les candidats
sont faits, s’ils résistent aux tentatives de déstabilisation. Il permet de sentir
le vent politique tourner, lorsqu’un message ne passe plus. Les partis, eux, doivent se contenter du rôle d’arbitre, chargé de rappeler les
règles à l’entourage des différents candidats comme aux Etats dissidents, tels cette année
la Floride et le Michigan, avant de décider d’éventuelles sanctions. Ces primaires coûtent très cher.
Elles sont réservées à des athlètes surentraînés, engagés dans des campagnes quasi-permanentes. Mais ce sont bien elles qui ont donné à l’Amérique
quelques-unes de ses plus grandes stars, de Ronald Reagan qui réinvente
le conservatisme à Bill Clinton qui inaugure une «troisième
voie». Et demain…