Royal Obama
Jean-Jacques Urvoas député
(PS) du Finistère.
lundi 3 mars 2008
Les primaires au Parti démocrate nous semblent étonnamment familières.
Les similitudes avec la procédure
qui aboutit, il
y a un an et demi, à la désignation de Ségolène Royal au sein
du PS sont en effet frappantes. Comment ne pas rapprocher le parcours du sénateur
de l’Illinois de celui de
la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes ? Comme elle, il
fut longtemps un outsider avant de s’assumer comme le «front runner» de la primaire.
Ce renversement a une même explication
: la participation massive aux primaires.
Comme les nouveaux adhérents du
PS, ces électeurs inattendus bouleversent les prévisions. Leur vote imprévisible balaie les repères démographiques, ethniques et sociaux qui régissaient
jusqu’alors les choix démocrates. Et le succès va à
celui qui donne l’impression d’incarner le changement plutôt que l’expérience. Alors même que
les programmes ne sont pas si différents,
la musique se révèle essentielle. Pareillement convaincus que
l’élection se gagnera au
centre, leurs discours se sont dès le départ
tournés vers ceux qui peuvent basculer. Misant tout sur l’aspiration
au «changement auquel on
peut croire», Obama a, lui aussi, compris
l’importance du jeu de perception, facteur déterminant d’un vote devenu affectif. Au sein du Parti démocrate
comme hier au PS, au fur et à mesure
l’affrontement change de nature au point, peut-être, d’induire les mêmes erreurs. Le cadre des primaires s’est estompé pour donner le sentiment que l’on combat pour l’élection générale. Aux yeux de tous,
être désigné à Denver, c’est gagner la Maison Blanche.
Obama ne cesse d’ailleurs de s’appuyer sur les sondages pour se présenter comme le seul en mesure de battre McCain. Las, il
y a loin du vœu à l’acte. Qu’il
soit permis à un Français
nourri d’une expérience instructive mais malheureuse de se risquer à un conseil. A un électorat qu’inquiète
la perspective d’une récession,
pessimiste quant à l’avenir de son pays, il faut savoir décrire concrètement ses ambitions et ne pas se contenter d’un rôle valorisant d’accoucheur d’idées.