Un Noir pour la Maison Blanche ?
daniel sibony écrivain, psychanalyste
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QUOTIDIEN : mardi 5 février
2008
Peut-on dire qu’il
y a en
Dans les débats d’ici, le choix est unanime : c’est Obama qui passera, c’est lui qu’il faut,
à l’évidence. D’abord il est
noir, ce qui est très bon, déjà pour les Yankees qu’il
dirigera, depuis la Maison Blanche, et pour les Blancs
d’ici qui le choisissent, prouvant par là, de façon claire, qu’ils
ont l’esprit ouvert, plus qu’ouvert : hardi, innovant. Et puis il a promis
d’élever les bas salaires, d’ouvrir l’université aux pauvres, de retirer les troupes d’Irak, peut-être de lancer des
milliards pour non pas relancer l’économie,
comme le veut cet affreux Bush, mais pour créer des emplois (oui, des subventions
pour créer des emplois : la méthode
De fait, Obama a des chances. Il est «sympa» et il a du souffle ; ses phrases nettes et décidées transmettent aux publics l’impression (ou l’illusion ?) d’une proximité, un peu dans le style Sarkozy mais en plus retenu ; proximité avec quelqu’un qui a du punch, qui va prendre à bras-le-corps la réalité et la changer, oui : il est si proche, on le voit si près d’agir, impatient de tailler dedans, d’enlever les parties molles ou trop usées, les tissus flasques ; dans ses mains elle sera liftée, rajeunie, tout comme lui, qui a de la jeunesse à revendre. Et si elle résiste, il laissera de côté ses instruments sophistiqués, et il faudra bien qu’il y aille «avec les dents».
Restent les effets de l’inconscient, qui peuvent troubler cette idylle. Il y en a un qui, hélas, peut la stopper : c’est que des Américains - inconsciemment, bien sûr - n’aimeront pas avoir un président qui s’appelle Barack Hussein. Car tel est bien son nom, et eux le savent, même s’ils savent aussi qu’il ne faut pas en parler, que l’origine doit être tue. C’est de mauvais goût, un procès d’origine. Mais ce Hussein insiste. Certes, ce n’est pas Saddam Hussein, mais il y a là un côté «revenant», surtout s’il croise l’idée (refoulée elle aussi, mais présente et active dans son refoulement même) que, enfant, il a absorbé une dose d’éducation islamique. A l’âge où l’on n’a pas d’esprit critique, où ça se marque plein pot dans les plaques de la mémoire, sans aucune «réduction». Cela aussi est avéré mais refoulé. Or, un peu de réflexion montrerait que c’est plutôt positif, que si on a un fond infantile intégriste, bien recouvert par une couche de «bonté chrétienne», puisqu’il s’est converti, on peut avoir plus de souplesse avec ce fondamentalisme, une approche plus arrondie, moins cow-boy, plus complice, plus fraternelle.
Mais l’inconscient ne réfléchit pas, il donne l’alerte
tout au plus, il pointe le risque ; sa pression est
irrationnelle, par définition
; et les plus beaux élans, il les connote négativement. Par exemple, les
élans de fraternité, sur lesquels Obama insiste : on est tous
frères, bon sang… D’ailleurs
dans l’un des débats quelqu’un a déclaré ingénument : à quand
ici un candidat à la présidentielle issu d’une minorité,
et qui poserait ou imposerait un vrai changement ? Eh oui, à quand ? On devine ce qu’est ladite minorité. Admirons au passage comment Sarkozy
a «satisfait» ce
souhait en mettant dans son équipe un superbe trio (Rachida, Fadela et Rama). Cela ne coûtait
rien, on ne sait pas si cela
résoudra des problèmes, mais c’est un
beau coup, pour confronter à elle-même
ladite minorité. De là à ce que la
Et donc l’inconscient «américain» n’avalera sans doute pas l’idée d’une éducation islamique en maternelle. Le hic, c’est qu’Obama ne peut pas faire valoir l’intérêt de cette formation dans un discours public, censé relever du conscient et de la raison. Il risque donc de subir cette méfiance irrationnelle. Surtout si Hillary montre plus de légèreté quand elle fait allusion, non pas à cet aspect, mais à l’électorat noir…
Alors remontent à la surface des idées préconscientes :
beaucoup se diront qu’une
femme présidente, après tout, c’est
déjà très innovant. Avec
les autres présidentes, dont le nombre va croissant, elles
seront un jour majoritaires
à diriger la planète. Ça ne peut pas lui faire du mal. Bien sûr, nos
débatteurs d’ici trouvent Hillary un peu «classique». C’est qu’ils sont
très modernes, postmodernes, contemporains, un peu hard même côté fantasme : l’Amérique blonde se débattant délicieusement, les jambes en l’air, en ciseaux, sous l’étreinte
d’un beau Noir qui la possède… Mais
est-il sûr que le fantasme de viol, en politique, largement mis en acte en
Derniers livres parus : l’Enjeu d’exister. Analyse des thérapies (Seuil, 2007) et le Peuple «psy» (Points-Essais, 2007).