Scott, Martha et Barack

 

January 20, 2010

 

By Philippe Coste

 

Ce n’est pas le moment de galvauder le terme catastrophe, mais la victoire, réellement écrasante du Républicain Scott Brown au poste de Sénateur du Massachusetts est une très, très mauvaise nouvelle pour le parti Démocrate et pour Barack Obama.

 

D’abord, c’est tout de même le siège du vieux lion Ted Kennedy, dernière incarnation respectée de la gauche américaine jusqu’à sa mort en août dernier, qui vient de revenir à un avocat de 50 ans apparemment fier de son viril « pick up truck » ; un populiste « anti politicien », un symbole de la société civile, initié, en fait, à la politique au début des années 90, lors de la vague de Révolution conservatrice qui avait posé tant de problèmes à Bill Clinton.

 

Brown est aussi, surtout, excellent en campagne, et, ce qui ne gâche pas son ego, a posé à poil dans Cosmopolitan en 1982 au titre de l’homme le plus sexy d’Amérique. Il est aussi membre de la garde nationale ; un patriote. Le catalyseur rêvé d’une révolte diffuse contre le politicien honni.

 

En face, aussi respectée soit-elle en tant qu’Attorney General, ministre de la justice du Massachusetts, la démocrate Martha Coakley a manqué terriblement de sensibilité politique. En partant en vacances dès sa nomination aux primaires démocrates, la candidate a confirmé qu’elle considérait cette élection comme une simple formalité. L’affaire d’une machine politique réputée irrépressible, qu’elle n’a d’ailleurs pas jugé bon de mobiliser. Les électeurs noirs, latinos n’ont pratiquement pas été visés par sa campagne. Elle n’a rien vu venir.

Washington non plus.

 

Obama peut y voir un coup de semonce pour sa présidence, à dix mois d’élections décisives au Congrès. En attendant, il lui faut maintenant compter, au Sénat, sur une majorité de 59 sièges, et non plus 60, un chiffre magique qui lui aurait permis de faire passer le vote de l’assurance santé sans risque de blocage des débats par l’opposition. Les Républicains exigeront-ils plus de compromis qu’ils n’en ont déjà obtenus lors du vote de leur texte au Sénat ? Au risque de détruire tout espoir de réforme ?