Al-Qaïda,
ennemi utile
par M. Saâdoune
Une veille d'anniversaire
du 11 septembre, Ayman Zawahiri, numéro deux de la nébuleuse d'Al-Qaïda, à l'existence surtout cathodique, ne pouvait la rater. Pour nuire aux siens, les musulmans, et servir ses
ennemis putatifs, les Américains.
Dans une vidéo
diffusée lundi sur la chaîne Al-Jazira, il
s'en est pris avec une rare violence à l'Iran et au Hezbollah. Un discours haineux, sans autre consistance que de jouer les sunnites contre les chiites. Depuis septembre 2001, toutes les
actions et tous les discours d'Al-Qaïda servent tellement bien les desseins des militaristes américains qu'il n'est pas illégitime de la considérer au moins comme un agent inconscient de ses pires ennemis apparents.
Ses violentes
diatribes contre l'Iran et
la résistance libanaise, incarnée
par le Hezbollah, correspondent de manière frappante à l'agenda politico-guerrier immédiat des Etats-Unis.
Téhéran et le Hezbollah du cheikh Nasrallah, qui sont considérés par les Américains comme des entraves à leur mise au pas de la région, sont donc
des « ennemis communs ».
Sur quelle fibre joue le numéro deux de l'organisation terroriste ?
Sur le thème de l'opposition
entre sunnites et chiites que des monarchies du Golfe ont alimentée
après l'invasion de l'Irak
et encore plus fortement avec l'échec
de la guerre israélienne au Liban.
Cette indéniable victoire politique, mais aussi militaire
de la résistance libanaise reste
en travers de la gorge de Zawahiri, tout autant que de celles des généraux israéliens et des Américains.
Il est cocasse
de l'entendre accuser l'Iran
de collusion avec les Américains en Irak, alors que
la violence aveugle pratiquée
par Al-Qaïda a servi à entraver les mouvements de
résistance nationale irakiens
authentiques. Ce sont ces actions qui ont créé une
situation de défiance confessionnelle
en Irak, largement utilisée par l'occupant et ses hommes.
Le but étant de casser ce retour de la volonté de résister impulsé par le combat du Hezbollah contre
l'agression israélienne.
Pour les Américains,
Ayman Zawahiri et Oussama Ben Laden sont des ennemis utiles, ceux qui légitiment les occupations et le contrôle
direct sur les ressources.
Tout le contraire d'un Hassan Nasrallah dont la démarche rationnelle et déterminée
se base sur un discours responsable et sur une authentique organisation politique. C'est d'ailleurs cet ancrage
populaire et cette responsabilité politique qui rendent le Hezbollah si dangereux aux yeux des Américains et des Israéliens. Il ne leur donne
pas de prétexte facile pour occuper.
Au Liban, il
leur a opposé une résistance politique farouche
après l'échec de l'entreprise
guerrière israélienne, soutenue par les Américains.
Les outrances
de Zawahiri, ses
discours vindicatifs qui vont dans le sens
de certains médias satellitaires arabes spécialisés dans la provocation à
la haine confessionnelle, n'ont pas d'effets en dehors des illuminés et des
desperados qui gravitent autour
de la nébuleuse.
Malgré l'ignoble matraquage destiné à entretenir la méfiance entre sunnites et chiites,
on sait que le Hezbollah est un authentique mouvement de résistance. On sait aussi quels désastres
ont été apportés
par Al-Qaïda. On sait que chacun de ses messages sert les desseins des militaristes occidentaux.