Brève rencontre à Ramallah
par K. Selim
Barack Obama a passé trois quarts d'heure à Ramallah, au
siège de ce
qu'il est poliment convenu d'appeler l'«Autorité» palestinienne. Poliment, car, effectivement, on se demande sur quoi cette structure administrative spécialisée
exercerait-elle la moindre parcelle de pouvoir. Il n'empêche, on nous l'a assez répété,
dans cette région du monde chargée d'histoire, les symboles auraient plus de force qu'ailleurs.
Cette autorité symbolique est
ce que les Occidentaux - qui s'auto-désignent
lapidairement comme «communauté internationale» - considèrent comme l'émanation représentative du peuple palestinien.
Le candidat
métis, soucieux de se
forger une image internationale,
a donc, courageusement nous
dit-on, décidé de rendre visite au président de l'Autorité et il était même
prévu qu'à l'issue des entretiens, un déjeuner devait être offert par le président Abbas. Du côté de l'Autorité, on avait mis les petits
plats dans les grands, soucieux, sans doute, de nourrir pour une fois autre chose que des illusions et de recevoir dignement le possible futur président des Etats-Unis d'Amérique. Hélas, Barack Obama a
décommandé la partie culinaire de la rencontre et s'est empressé
de revenir à l'hôtel du Roi David à Jérusalem ou, sans nul doute,
la cuisine est électoralement
plus nourrissante.
Le sénateur de l'Illinois, soucieux de ne point froisser l'électorat américain pro-sioniste, n'a pas souhaité manifester une trop grande
proximité avec les Palestiniens. Il a évité
également de saluer la mémoire de Yasser Arafat, dont le
tombeau est situé justement dans l'enceinte de l'Autorité. Ainsi, la visite n'aura duré
que quarante-cinq minutes, au
grand dam des responsables et
dans la plus complète indifférence des citoyens palestiniens.
En revanche,
Israël a constitué l'escale la plus longue de sa tournée internationale. Comme toutes les personnalités occidentales en visite, le candidat a sacrifié aux usages locaux: coiffé d'une très seyante
kippa immaculée, il s'est
recueilli face au mur des
Lamentations et a même rituellement
inséré une feuille de voeu dans les interstices de la muraille.
On imagine sans peine l'objet
de sa prière.
La charge symbolique est éloquente et l'identification complète. Au
plan politique, le candidat
a profité de son passage à Jérusalem
pour réitérer son amour pour Israël
et réaffirmer son voeu de voir Jérusalem
accéder au statut de capitale éternelle d'un Etat tout aussi éternel.
Mais les Palestiniens n'avaient nul besoin
d'éprouver le tact très relatif du sénateur-candidat, ni cette
débauche de symboles pour mesurer exactement la nature du complexe américano-sioniste. Démocrate ou républicain,
noir, blanc ou métis, femme ou homme, les responsables
américains sont les exécutants d'une politique moyen-orientale qui constitue l'un des fondamentaux de leurs relations internationales. Cette politique fondée sur la spoliation des Palestiniens
est celle
du complexe militaro-industriel
au sein duquel le lobby sioniste joue un rôle capital. A cette aune, les gesticulations médiatiques
et les stratégies de communication
électorales sont de peu de poids.
Lucidement, l'opinion palestinienne n'a pas accordé de signification à la visite
de Barack Obama ni à ces symboles. Les Palestiniens savent que la liberté ne sera pas concédée par les Etats-Unis, grand
protecteur du dernier Etat
colonial, et que le seul réalisme opératoire
est celui de la résistance.