L'affaire DSK en filigrane
des rencontres féministes d'Evry
03.07.11
Evry, envoyée spéciale - Un succès
inespéré ? Un succès, en tout cas. "Merci,
DSK !", s'amuse, en off, une
vieille militante, rompue à l'analyse de la chose politique et ravie
de l'affluence. Dès l'ouverture, samedi 2 juillet, à l'université d'Evry (Essonne), des premières
"Rencontres d'été des féministes en mouvements", l'amphithéâtre est
plein à craquer, tout comme le seront, quelques heures plus tard, les salles des trente ateliers de discussion, organisés
durant le week-end ; celui intitulé "Queers & gender fucker : quelles pistes pour le féminisme ?" fait un tabac :
on refuse du monde.
Certes, sans l'acharnement de l'association Osez le féminisme ! à l'initiative du projet – auquel se sont ralliées quarante associations, dont la Fédération nationale solidarité femmes et le
Planning familial –, ces premières Rencontres n'auraient pas vu le
jour. Selon les organisatrices,
un total de quelque six cent militantes
– et une poignée de militants
– ont fait le voyage, un bon tiers venant de province. Mais il n'est
pas certain que, sans le séisme
provoqué dans l'opinion par l'affaire DSK, il y ait eu
tant de monde.
Pas question d'en faire tout un plat. Et, moins encore, un triomphe. Les révélations du New
York Times, décrédibilisant la plaignante,
suivies par la libération sur parole de M. Strauss-Kahn, imposent
aux féministes, sinon de
faire profil bas, du moins d'observer une prudence dans l'expression,
voire "une forme d'autocensure", selon le mot, lâché en off, d'une participante. Lors de l'atelier "Viol : la
honte doit changer de
camp", le nom de l'ancien patron du FMI n'est pas prononcé.
L'AFFAIRE DSK "A RÉVEILLÉ LES
CONSCIENCES"
Tout juste
s'esclaffe-t-on, quand est rappelé
le dérapage de Jack Lang, dont
le fameux "il n'y a pas mort d'homme" a
fait le tour de la planète. A vrai
dire, si l'on parle peu du drame
de New York, c'est que l'onde de choc provoquée par l'affaire DSK appartient presque au passé. "Dans un sens, cette affaire a été salutaire.
Elle a réveillé les consciences : les gens se sont interrogés
sur la réalité de la
situation des femmes et sur la relation entre pouvoir et sexualité", estime la présidente du Planning familial, Carine
Favier, mettant toutefois en garde contre les "discours liberticides et puritains" que l'affaire DSK a pu susciter.
"En France, poursuit-elle, dès qu'on touche à la sexualité, dès qu'on aborde ce qui mêle politique et privé, ça bloque". C'est une question complexe, reconnaît-elle volontiers. Elle donne
l'exemple des femmes qui portent plainte
pour violences conjugales :
"Elles le font parce qu'il y a déjà un contexte de
coups, d'insultes, d'humiliations.
Mais elles portent rarement plainte pour viol – elles ne le perçoivent
pas spontanément comme cela : la sexualité sans désir fait partie de la conjugalité, tout le monde le sait",
souligne la présidente du
Planning. La seule question qui vaille
est "celle du pouvoir qu'on s'autorise sur l'autre. Qu'on
puisse le considérer comme un objet à disposition est simplement inacceptable".
"CE QUI NOUS A MIS EN RAGE, CE SONT LES BLAGUES MACHISTES"
Même prudence chez les militantes
d'Osez le féminisme ! qui avaient improvisé, le 22 mai, à Paris, suite à l'affaire
DSK, un rassemblement contre
le sexisme, et publié, avec
d'autres associations, un texte
dénonçant les propos misogynes
de certains hommes politiques.
"S'il
n'y a pas eu viol, eh bien, c'est une
bonne nouvelle !", s'exclame
Caroline de Haas, cofondatrice et
ex-porte parole d'Osez le féminisme ! "Ce qui nous a fait réagir, ce n'est pas ce
qui s'est passé …ou pas, à
New York : la justice américaine en décidera. Ce qui nous a mis en rage, ce sont
les propos et les blagues machistes
qui ont suivi. Contrairement à ce
qu'on a lu, ici ou là,
jamais les féministes n'ont désigné ou
souhaité un coupable. Ce qu'on veut,
c'est que justice soit faite", insiste-t-elle.
Que la femme de chambre ait menti ne
change rien ? "Si les journalistes viennent nous voir aujourd'hui
pour qu'on leur parle de DSK, s'ils pensent que ce 'coup de théâtre' modifie notre façon
de voir les choses, ils se trompent !", fait
mine de s'énerver la jeune dirigeante.
"Pourquoi
a-t-il fallu attendre cette affaire pour qu'on nous invite
sur les plateaux de télé ? poursuit-elle.
Nous existons depuis deux ans. Le Planning
familial depuis des décennies.
Ce n'est pas nous, qui surfons sur la vague. Pourquoi faut-il l'affaire DSK pour que la classe politique
et le monde de la presse 'découvrent'
qu'il y a 75 000 femmes violées
en France, chaque année ? Que l'inégalité professionnelle demeure la règle ? Que la parité est
un mirage ?"
Lors du discours de clôture, dimanche, en début d'après-midi, ce
sont ces mêmes arguments qui seront assénés. Un texte
collectif, que les quarante associations participantes
ont signé, présente les neuf revendications prioritaires que le mouvement féministe entend soumettre, d'ici le printemps 2012, aux candidats à l'élection présidentielle.
Intitulé "L'égalité, c'est maintenant !", ce texte appelle,
notamment, à la création
d'un ministère des droits
des femmes, à l'application effective, "dès les élections législatives de 2012", de la parité
dans les instances de décision
politique, et à la reconnaissance, y compris financière, du travail
" essentiel " mené
par les associations féministes.
Catherine Simon