L'Amérique embarrassée par ses mercenaires

 

13.08.10

 

Le moment choisi par le président afghan, Hamid Karzaï, pour prôner l'interdiction des mercenaires dans son pays ne peut que plonger Washington dans un sérieux embarras. M. Karzaï n'a d'ailleurs pas fait état d'une date limite pour la dissolution des cinquante-deux sociétés militaires privées opérant en Afghanistan. Il s'appuie sur quelques constatations. D'abord, sur le fait que "la population ne fait pas confiance" aux mercenaires. Ensuite, que "leur existence est contraire aux intérêts nationaux afghans". Il souligne, enfin, que les Afghans travaillant pour ces sociétés seraient plus utiles au sein des forces de sécurité gouvernementales.

 

Ce n'est pas la première fois que le pouvoir afghan, comme celui de Bagdad, se plaint des mercenaires. Quel pays, même allié avec Washington et acceptant la présence d'une force militaire internationale sur son sol, se verrait de gaieté de coeur envahi par des hommes non contrôlés par le pouvoir politique, n'obéissant à aucun ordre militaire et ne répondant à aucune justice, civile ou militaire, en cas d'infraction ou de crime ?

 

Il fut un temps, durant leur campagne électorale, les démocrates américains avaient juré de revenir sur cette privatisation de la guerre voulue par l'administration Bush. Barack Obama et son entourage faisaient partie des plus convaincus de l'aspect néfaste du mercenariat. Hillary Clinton était alors l'un des deux élus au Sénat à préconiser une législation sur une interdiction totale des activités militaires privées.

 

Depuis qu'elle est au pouvoir, la seule initiative de l'équipe Obama a consisté à résilier le contrat entre la CIA et Blackwater (la plus importante société militaire privée au monde) confiant aux mercenaires de cette dernière un programme secret d'assassinats.

 

Pour le reste, Blackwater et les autres sociétés continuent de recevoir des milliards de dollars du gouvernement américain pour des activités de sécurité et de logistique, voire de renseignement, en Afghanistan, en Irak et dans d'autres "points chauds" de la planète. Le directeur de la CIA, Leon Panetta, a réaffirmé en juin que cette dernière avait "besoin" de Blackwater pour assurer la sécurité de ses bases et de ses agents en zone de guerre.

 

D'autres facteurs jouent en défaveur d'une interdiction des mercenaires, notamment le fait que la volonté politique de M. Obama de retirer l'armée américaine d'Irak, et, à terme, d'Afghanistan, ne supprime évidemment pas du jour au lendemain les besoins en sécurité.

 

Pourtant, M. Karzaï a raison, et les officiers américains sont les mieux placés pour le savoir. Le recours à des mercenaires handicape le plus souvent le succès d'une mission militaire. D'un point de vue moral, l'usage de la force létale ne peut être laissé à des "privés" sans foi ni loi. Et, d'un point de vue politique, il faut savoir quel est l'objectif : tandis qu'une armée a pour ordre de gagner une guerre, donc d'y mettre fin, le seul intérêt des mercenaires et autres chasseurs de primes est qu'une guerre continue, le plus longtemps possible.