Se
protéger
EDITORIAL
03.02.09
es ouvriers en grève de l'autre côté de la Manche pour revendiquer "des emplois britanniques pour des travailleurs
britanniques" ; une Chambre des représentants américains qui, sous la pression du syndicat AFL-CIO, tente de réserver les aides aux entreprises qui utilisent l'acier américain ; un premier ministre russe qui dénonce le protectionnisme mais augmente les droits d'importation sur les véhicules étrangers ; la ministre des
finances française, réputée
pour son libéralisme, qui estime,
avant de se rétracter, que "le protectionnisme peut être un mal nécessaire"... La crise pourrait faire une nouvelle victime : le libre-échangisme. Sous la pression de leurs électeurs, les responsables politiques tournent casaque et rechignent à conclure les négociations sur la libéralisation du
commerce, comme ils s'y étaient engagés
en novembre, lors du sommet du G20.
La contradiction n'épargne pas les milieux économiques. Si, à Davos, les dirigeants
ont rappelé leur volonté d'ouvrir
les frontières, chacun constate que, partout, les banques privilégient désormais leurs clients nationaux. 2008 a marqué, pour la première fois, un recul du commerce mondial.
Le désarroi
des populations face à la montée du chômage est
plus que compréhensible. Pourtant, ce
n'est pas de protectionnisme
dont elles ont besoin, mais
de protection. Notamment de protection sociale en cas
de perte d'emploi. Ce n'est pas un
hasard si c'est aux Etats-Unis et en
Grande-Bretagne que les syndicats
sont les plus en pointe contre l'ouverture des frontières : ce sont deux des pays occidentaux où les chômeurs sont le moins soutenus par la collectivité.
Le protectionnisme
ne peut se justifier que
pour protéger une industrie naissante ou une économie
en transition. Entre pays développés, il n'a guère de sens. Quel intérêt aurait
la France à se protéger davantage,
alors que plus d'un salarié français sur quatre travaille
pour l'exportation ? Moins acheter à l'étranger, c'est aussi moins
lui vendre. Pire : du protectionnisme à la xénophobie, il n'y a
parfois qu'un pas. En Irlande, un sentiment antipolonais monte ; en
Grande-Bretagne, l'extrême droite
soutient les ouvriers en grève.
Pourtant, s'ils sont
soumis aux mêmes règles que les habitants du pays où ils s'installent, les immigrés favorisent la croissance. Fermer les frontières aux hommes est
aussi dangereux - et souvent illusoire - que les fermer aux produits étrangers. La réponse passe par plus de
protection sociale et par une plus grande solidarité internationale. Pas l'inverse.