La démocratie en Amérique

 

par Daniel Vernet

 

May 28, 2008

 

Le l'interminable campagne des primaires, il restera au moins un incontestable sursaut de la démocratie américaine. Pour trouver un successeur au président le plus impopulaire depuis que les sondages existent, les Américains se mobilisent plus qu'ils ne l'avaient jamais fait après l'élection de John Kennedy en 1960.

C'est vrai surtout des jeunes et des minorités ethniques, en particulier des Noirs, chez lesquels l'abstention est traditionnellement très forte. Cette année, ils se sont inscrits en masse sur les listes électorales. Pour pouvoir voter aux primaires, et souvent ils ont fait la différence en faveur de Barack Obama, mais aussi pour l'élection proprement dite. A la mi-mai, dans le Missouri, la mobilisation des Noirs a permis la victoire d'un candidat démocrate à la Chambre des représentants dans une circonscription solidement tenue par les républicains.

Ceux-ci ne répugnent pas à utiliser le facteur racial, avec plus ou moins de discrétion, pour barrer la route au premier Afro-Américain prétendant sérieux à la Maison Blanche. Sans trop de scrupules, le camp Clinton l'a fait aussi. Il est difficile de déterminer l'impact de la manoeuvre. Dans les enquêtes d'opinion, il n'est pas "politiquement correct" de déclarer qu'on ne votera jamais pour un Noir. Aussi la composante "raciste" est-elle sans doute sous-évaluée, comme l'était naguère en France le vote pour le Front national. Cependant, Barack Obama a remporté sa première bataille, le caucus de l'Iowa, un Etat à 95 % blanc. Chez les Blancs, le vote Obama est d'autant plus facile qu'il n'y a pas de Noirs dans la région ; il devient un problème quand la population est mélangée.

Il ne fait guère de doute que le sénateur de l'Illinois aura du mal à attirer les électeurs de la classe moyenne blanche, ceux qui ont voté massivement pour Hillary Clinton dans les récentes primaires. Ses partisans se rappellent avec inquiétude l'élection présidentielle de 1972. Le candidat démocrate, le sénateur George McGovern, s'appuyait sur les élites, les minorités et les jeunes. Il fut balayé par Richard Nixon. Les soutiens les plus fervents de Barack Obama appartiennent aux mêmes catégories. Mais pas seulement.

Une autre preuve de la vitalité de la démocratie américaine a été apportée par les fonds ramassés par le candidat. C'est peut-être un paradoxe parce que les sommes considérables dépensées pendant les campagnes sont souvent mises au débit du système politique américain. Toutefois, si Barack Obama a reçu pour les primaires 240 millions de dollars (30 millions de dollars, soit 19 millions d'euros, pendant le seul mois d'avril), il le doit avant tout aux personnes modestes, plus d'un million, qui ont donné en moyenne 200 dollars - souvent 10 ou 20 dollars -, et qui vont continuer à financer la vraie campagne de la présidentielle.

Bien sûr, il y a les coups bas, la publicité négative à la télévision, les petites phrases distillées par les entourages et les grosses machines des partis qui jettent une lumière moins idyllique sur les élections. Il n'en reste pas moins que, cette année, trois candidats atypiques et parfois inattendus ont émergé : du côté républicain, un vétéran de la guerre du Vietnam qui avait déjà tenté sa chance en 2000 et qui n'était pas le choix de l'establishment ; du côté démocrate, une femme, qui se considérait certes comme la candidate "inévitable" mais qui tranchait dans le machisme ambiant, et un Afro-américain dont les chances ne sont pas négligeables.

Mais attention ! Ne dites pas aux Américains que l'Europe vote Barack Obama, cela pourrait lui coûter la victoire.