'Concours de beauté' en Floride
par Dominique Dhombres
30.01.08
L'adjectif "libéral"
est une
injure extrêmement grave au sein
de la gauche française. Il l'est aussi entre
les candidats républicains à l'investiture pour la course à la Maison Blanche. C'est ce
qu'on pouvait découvrir en regardant, sur CNN, les primaires républicaines du mardi 29 janvier en Floride. "Vous
êtes un libéral", disait Mitt Romney de son
concurrent John McCain. "Non, c'est
vous, le libéral !", répliquait ce dernier. En fait, le mot a une
signification à peu près opposée selon
que l'on se trouve en France ou aux Etats-Unis. Ici, il désigne
un partisan résolu de l'économie
de marché. Là-bas, un défenseur d'une
certaine intervention de la puissance publique pour protéger les plus pauvres. Mitt Romney accuse John
McCain de ne pas être assez ferme face à l'immigration clandestine. John
McCain répète inlassablement
que Mitt Romney a augmenté les impôts lorsqu'il était gouverneur du Massachusetts. Les électeurs républicains de Floride ont tranché nettement
mardi en faveur de McCain, l'ancien combattant du Vietnam, qu'on pouvait voir savourer
sa victoire.
On l'a donné souvent pour mort, au cours de cette campagne des primaires, et il
est plus présent que jamais dans
la bataille, disait-il. Le
grand perdant, en Floride, est Rudolf Giuliani, l'ancien maire de New York, qui avait tout misé sur son image de courage
après les attentats du 11 septembre 2001. L'électeur républicain, en Floride, voulait manifestement qu'on lui parle
des problèmes économiques, et pas d'Al-Qaida... Côté démocrate, c'est Hillary Clinton
qui devance très largement Barack Obama en Floride. Ce dernier réplique que la primaire de Floride n'était, en réalité, qu'un "concours de beauté", puisque les délégués choisis mardi ne pourront
théoriquement pas voter lors
de la convention qui désignera le candidat
démocrate à l'élection présidentielle.
Cette curiosité est due à
la décision des démocrates locaux de passer outre à l'interdiction de leur état-major national, qui leur demandait de procéder à cette
primaire un peu plus tard. "Les républicains avaient le choix entre un assortiment
de vieux, et ils ont choisi le plus âgé de tous. Nous
avions des candidats jeunes et qui ressemblent
à l'Amérique réelle, une femme et un Noir",
commentait avec enthousiasme
un militant démocrate sur
CNN. Ce "concours de beauté" avait été précédé d'une
nouvelle querelle entre
Hillary Clinton et Barack Obama. Oui ou
non, celui-ci avait-il snobé celle-là en plein Sénat, dans
les minutes précédant le discours
sur l'état de l'Union prononcé lundi par George Bush ? Des images
montraient Barack Obama se détournant ostensiblement d'Hillary Clinton dans les travées du Sénat.
Pas du tout, répliquait ce dernier, il était seulement
en train de parler à quelqu'un d'autre !
Dominique Dhombres