Choc de défiance
Edito du Monde
23.01.08
L'économiste américain John Kenneth
Galbraith, qui a étudié les krachs
dans leurs moindres détails, écrivait :
"Ce que nous savons avec certitude, c'est que les épisodes
spéculatifs ne se terminent jamais en douceur. Il est sage de prédire le pire, même s'il est,
selon la plupart des gens, peu probable." La crise des subprimes confirme son jugement. C'est d'abord avec une grande brutalité
- inconnue depuis le 11 septembre 2001 - que les places boursières décrochent depuis plusieurs jours.
Le pire, ensuite, semble se rapprocher à toute vitesse.
On ne voit pas très bien par quel
miracle la première économie du
monde,
Le choc est d'autant plus rude que les dirigeants économiques et monétaires occidentaux ont longtemps expliqué que le pire était
"peu probable". La Réserve fédérale américaine estimait que la facture des subprimes ne dépasserait guère la centaine de milliards de
dollars. Elle s'élève désormais à plusieurs
milliers de milliards de dollars. Comme ses
collègues, la ministre française de l'économie,
Christine Lagarde, a longtemps
affirmé que l'économie réelle ne serait pas touchée
par cette crise purement financière. Propos qui
se voulaient rassurants, mais dont le caractère
lénifiant n'a fait que retarder la prise de conscience, chez les acteurs
économiques, de la gravité
de la situation.
Dans une économie
financiarisée et mondialisée,
comment pouvait-on imaginer que
la catastrophe resterait cantonnée
aux Etats-Unis et aurait un
impact marginal sur la croissance
de la planète ? Que le nuage
du Tchernobyl des subprimes ne traverserait
pas l'Atlantique ? Des petites villes norvégiennes au bord de la faillite en raison de leurs
placements imprudents jusqu'aux
banques de la Chine communiste,
tout le monde est aujourd'hui touché.
e n'est plus, depuis longtemps,
Article paru
dans l'édition du 23.01.08