Le Kenya 5è Colonne de l'Amérique?
Par Jean-Sébastien
Stehli
septembre 15 2010
Comme il est
dorénavant possible de dire n'importe
quoi et de mentir ("les Roms
ne sont pas ciblés",
etc.), ce qui avait valu à Richard Nixon, en son temps, d'être acculé à donner sa démission et à Bill Clinton de
se retrouver l'objet d'une procédure d'impeachement, le pompon de l'indigne
est décerné au commentateur conservateur (mais mérite-t-il encore ce qualificatif?) Dinesh D'Souza.
Explication.
Dinesh D'Souza, né à Mumbai (Inde) en 1961 et arrivé aux Etats-Unis en 1978, a commencé sa carrière
de chroniqueur archi-conservateur
en dénonçant, dans le journal
de l'université de Dartmouth, les étudiants
et professeurs gays, que ceux-ci aient ou
non choisis de faire connaître
leur identité sexuelle. Un début qui donne un avant-goût de ce qui va suivre.
Dans un article dans le magazine
Forbes de ce mois-ci, D'Souza fait la promotion de son nouvel
ouvrage, The Roots of Obama's Rage (Les racines de la rage d'Obama), en écrivant la cover story du bimensuel
dont le sous-titre a longtemps été "Capitalist
Tool". Titre de l'article:
"How Obama Thinks". Comment pense Obama.
A partir de ce titre,
D'Souza déballe la thèse la plus invraisemblable et malade, sur 44th. "Obama est prisonnier dans la machine à remonter le temps de son père,"
explique D'Souza. Le meilleur est à venir: "De manière incroyable, les Etats-Unis sont dirigés selon
les rêves d'un membre de la
tribu des Luo des années 1950. Ce socialiste africain
alcoolique en colère contre le monde qui l'empêchait d'atteindre ses rêves anticilonialistes, fixe désormais la politique de la
nation à travers la réincarnation
de ses rêves dans son fils."
Attention, un membre de la tribu
Luo est installé
à la Maison Blanche sans que
le monde s'en aperçoive. Evidemment, l'Américain de fraîche date explique qu'Obama a passé les 17 premières années
de son existence hors des Etats-Unis: "Hawaii, Indonésie, Pakistan," comme si Hawaii n'était pas un Etat Américain et alors qu'Obama est allé au Pakistan lors d'un seul court séjour lorsqu'il était étudiant. D'Souza oublie de raconter à ses lecteurs que la mère (blanche, née au Kansas...) du futur
président réveillait le jeune garçon chaque
jour à 4 heures du matin, lorsqu'il vivait en Indonésie, pour lui enseigner l'histoire des Etats-Unis avant qu'il ne parte à l'école. Mais il préfère sans doute cette psychanalyse
à la graisse de hérisson, comme s'il pouvait
juger un homme qu'il n'a pas connu
et dont l'anti-colonialisme,
dans les années 40 ou 50 n'était pas une idée abjecte lorsque l'on a grandi au Kenya, colonie britannique.
Toute cette histoire déshonore
celui qui l'écrit. Et si D'Souza
et son supporter, Newt Gingrich, sont des adeptes de la psychanalyse, dommage qu'ils n'aient pas pensé à psychanalyser George W. Bush, qui, pour faire mieux que son père,
a entraîné le monde dans la
désastreuse guerre d'Irak.