Wikileaks :le coup de gueule de Karzaï
Par
Marie-France Calle
29 juillet
2010
Une fois de plus, le président afghan se sent trahi
par les Occidentaux. Non seulement
ils n'auront pas le courage
d'aller frapper les terroristes là où ils se cachent,
en clair au Pakistan, affirme-t-il,
mais les révélations de
Wikileaks mettent en danger la vie d'informateurs afghans.
Lorsque les "carnets de guerre en Afghanistan" ont été publiés,
Hamid Karzaï n'a pas applaudi, mais c'était tout comme. Ces révélations ne sont "pas une
surprise", avait aussitôt
affirmé son porte-parole. Elles mettent enfin
le doigt sur la "vérité". Une vérité que les Occidentaux, les Américains en tête, rechignaient à regarder en face, et qui se résume
ainsi : tous les maux viennent du Pakistan ; c'est dans ce
pays que se trouve le problème... et la solution du conflit
afghan. Le président afghan, lui,
le dit et le répète depuis des années, mais personne n'a
voulu l'entendre.
Les révélations
de Wikileaks confortent aussi
Karzaï dans sa certitude que les "dommages collatéraux", en clair les victimes civiles, sont beaucoup plus importants que ne le disent les forces de la coalition.
Et pourtant.
Ce site militant, qui semble
apporter de l'eau à son moulin, vient de plonger Karzaï dans une colère
noire. Alors que la version
revue et corrigée - en partie
par la Maison-Blanche - des "carnets" prend bien soin
de ne pas mettre en danger la vie des soldats de la coalition sur le
terrain, elle exposerait celle des informateurs afghans.
"Mon porte-parole
m'a dit hier
que les noms de certains Afghans qui coopèrent
avec les forces internationales avaient
été révélés dans ces documents. C'est évidemment extrêmement irresponsable et choquant, car ces gens agissent légitimement ou non, en fournissant
des informations aux forces de l'Otan,
ce sont des vies. Et ces vies sont maintenant
en danger", a lancé Hamid Karzaï
au cours d'une conférence de presse à Kaboul aujourd'hui.
À en croire
le quotidien britannique
Times, l'un de ces
documents rapporte par le menu l'interrogatoire
d'un combattant taliban
prêt à faire défection. L'homme
y décline son identité et celle de sa famille.
D'autres "rapports" détaillent
les renseignements fournis
par des informateurs afghans
sur les talibans.
Julian Assange, le fondateur du site Wikileaks, s'est
aussitôt défendu en faisant porter le blâme sur la présidence américaine. La Maison-Blanche n'a pas répondu à sa demande d'examiner
les documents en sa possession, a-t-il affirmé. En revanche, le New York Times indiquait
récemment avoir consulté la Maison-Blanche avant la publication des extraits
des "carnets" afin de ne pas compromettre la sécurité nationale.
S'il est vrai
que les noms d'Afghans ayant travaillé "contre" les talibans figurent dans les documents, Karzaï a quelque raison de se mettre en colère.
" Peu
d'analystes osent se présenter sur un plateau de télévision pour critiquer les talibans", me confiait récemment un homme politique afghan à Kaboul. "Ils savent qu'ils
recevront des menaces de mort des talibans,
et ce ne sont pas des
menaces en l'air".
"Tous
les Afghans qui travaillent pour des ONG reçoivent des SMS sur leur
portable", m'a raconté
un jeune père de famille qui avait réussi à décrocher un emploi dans une
organisation internationale dont
nous tairons le nom. " Moi
aussi j'en ai reçus ; j'avais
peur, mais j'ai besoin de travailler. Par acquis de
conscience, j'ai parlé de ces messages à mes employeurs.... Ce sont eux qui m'ont
fichu à la porte ! Ils avaient plus peur que moi... "