Revirement américain au Proche-Orient
Par
Pierre Rousselin
le 2 novembre
2009
EDITO Hier, devant
une assemblée de diplomates arabes,
Hillary Clinton demandait à Israël
des « gestes positifs » en direction des Palestiniens.
La veille, à Jérusalem, la secrétaire d'État, flanquée d'un Benyamin Nétanyahou
rayonnant, confirmait ce que Barack Obama avait laissé entendre en septembre: la Maison-Blanche n'exige plus d'Israël l'arrêt total de la colonisation
en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.
Il y a dans
ce pas de deux un réajustement notable de la diplomatie
de la nouvelle Administration, qui s'était aventurée dans un affrontement un peu trop frontal avec l'allié israélien.
George W.
Bush avait appris à ses dépens que
le Proche-Orient ne se prêtait
guère aux approches simplistes.
Son successeur est en train
de faire l'apprentissage inverse. Au bout de la
route, les États-Unis et leurs
partenaires vont peut-être s'apercevoir que la politique américaine dans la région obéit à des forces qui
transcendent l'idéologie en vogue à la Maison-Blanche.
Au Maroc,
Hillary Clinton a dû affronter la déception
des pays arabes. Exiger du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qu'il reprenne « sans conditions préalables » les négociations de paix avec Israël, après lui avoir fait miroiter un gel total de la colonisation,
paraît effectivement difficile à avaler. Contrainte de revenir sur des engagements impossibles à tenir, la diplomatie américaine se révèle particulièrement maladroite.
La secrétaire
d'État a beau souligner que le gel partiel auquel consent le premier ministre
israélien est « sans précédent », les pays arabes voient le verre à moitié vide, alors que ce même
verre aurait pu être présenté
comme étant à moitié plein.
Le revirement
américain à l'égard du conflit israélo-arabe s'explique, d'abord,
par l'absence de perspectives de progrès,
mais il est
aussi lié à la confusion
qui s'est emparée du
dossier du nucléaire iranien.
Le moment va
bientôt arriver où il faudra prendre
une décision : soit ne rien
faire et accepter, de fait, l'accession de l'Iran au statut de puissance nucléaire ; soit enclencher
une escalade. Les manœuvres dilatoires iraniennes ne font qu'exacerber l'impatience israélienne.
En levant la pression exercée à propos de la colonisation, Washington espère peut-être plus de compréhension de la part d'Israël. Mais c'est au prix d'un blocage durable au Proche-Orient.