Berlin - Obama, le grand absent
Par
Pierre Rousselin le 9 novembre 2009
EDITO
N'importe quel autre
président américain que Barack Obama aurait fait le
voyage de Berlin pour le vingtième anniversaire de la chute du Mur.
Ne
serait-ce que pour célébrer le rôle essentiel des États-Unis dans la victoire de la liberté en Europe.
Trop occupé pour accepter l'invitation d'Angela Merkel, le président américain voit, il
est vrai, les dossiers s'accumuler sur sa table de travail du Bureau ovale.
La réforme du système de
santé vient seulement de
passer le cap de la Chambre des représentants
avant la vraie bataille au Sénat. Le chômage ne cesse de croître, malgré les signes de reprise. L'Afghanistan attend toujours une décision
sur la stratégie à suivre. Enfin, Benyamin Nétanyahou frappe à sa
porte pour lui rappeler que l'Iran
se rapproche chaque jour un
peu plus de l'arme nucléaire. Bref, Barack Obama a beaucoup à faire ces jours-ci.
Les anniversaires
sont surtout une affaire de symbole, dira-t-on. Mais puisqu'il s'agit de cela, il
est tout de même dommage que l'Amérique
n'ait délégué à Berlin que la secrétaire d'État, Hillary Clinton, alors que la Russie était
représentée par le chef de l'État,
le président Dmitri Medvedev.
Dans la symbolique des présidents américains, Barack
Obama aurait pu s'inscrire dans la lignée bipartisane du « Ich bin ein Berliner », prononcé par John F.
Kennedy en 1963, ou bien du
« Monsieur Gorbatchev, déchirez ce mur ! » de Ronald Reagan, en 1987, deux
ans seulement avant l'événement célébré hier.
Certes,
Barack Obama a, lui aussi,
fait son discours de Berlin. Mais c'était avant
de se faire élire. Et en cherchant,
sans succès, à le prononcer
devant la porte de Brandebourg, à l'endroit même où Ronald
Reagan avait eu des mots aussi prémonitoires,
le candidat démocrate a donné l'impression d'instrumentaliser à des fins électorales
son immense popularité en Europe.
L'absence de Barack Obama, hier à
Berlin, parmi les dirigeants
dont les pays ont fait notre histoire, est une confirmation éloquente de sa tiédeur vis-à-vis d'un
continent qui n'est plus prioritaire
pour les États-Unis.
Mais c'est aussi
une occasion manquée : la chute du Mur symbolise
la fermeté des démocraties
face à l'oppression. L'Amérique,
comme l'Europe, devrait s'en inspirer pour faire tomber tous les murs, en Iran, en Afghanistan, au Proche-Orient
et ailleurs.