McCain
or Obama: White Hat or Black Hat?
McCain
ou Obama ? Bonnet blanc et blanc bonnet
La
chronique d'Alexandre Adler
du 1er novembre.
McCain ou
Obama, c'est la question qui va
obséder la planète entière pendant ce week-end. N'ayant rien de nouveau à apporter dans ce
domaine, je suggère plutôt pour nos lecteurs de poser la question McCain et Obama, autrement dit le socle, assez large, de problèmes et de solutions partagés
qui est apparu au fil des débats et affrontements de la campagne présidentielle.
Le premier point commun concerne la politique intérieure américaine et, plus précisément,
la politique économique et financière. McCain et Obama sont l'un et l'autre immunisés contre les influences
de Wall Street, et ce depuis
bien longtemps.
L'un et l'autre, comme à présent tous les Américains, approuvent le scepticisme actif du sage d'Omaha, Warren
Buffett : pour eux, le salut
de l'Amérique réside dans la reconstitution et l'élargissement
de son tissu industriel, y compris d'un secteur manufacturier largement négligé.
Pour l'un
comme pour l'autre aussi, la nécessité d'investir dans des
infrastructures un peu à l'abandon
est une nécessité
à long terme. Il y a enfin convergence pour admettre qu'une dose modérée de protectionnisme sera nécessaire à
ce relèvement industriel, brandi aujourd'hui comme un espoir programmatique.
Est-ce à dire qu'une guerre tarifaire est en marche avec la Chine ou le Japon ? Certainement pas. Les États-Unis ont absolument besoin d'équilibrer quelque peu leur balance commerciale avec la Chine. Il existe
un moyen indirect de protectionnisme
qui pourrait tenter la
nouvelle Administration : c'est la politique délibérée d'érosion monétaire qu'aura tendance à pratiquer la Fed pour rendre plus
attractives les exportations américaines.
D'autant plus que l'allégement de la facture pétrolière
milite pour un dollar faible.
Deuxième point de convergence : l'abandon
de l'Europe. A-t-on bien mesuré que Barack Obama a passé l'essentiel de sa jeunesse à Hawaï, notamment à une époque où le père de McCain y commandait la flotte du Pacifique ? Les deux candidats se classent l'un et l'autre parmi les moins liés à l'Europe, parmi l'ensemble du personnel politique américain. Cette relative indifférence
vis-à-vis du Vieux Continent se double d'une certaine bienveillance ; benign
neglect, la négligence bienveillante
que définissait le premier ministre britannique Palmerston comme le fondement de la politique de Londres en Europe, est bien de retour aujourd'hui.
Et qui devrait
s'en plaindre ? C'est le seul moyen
pour les Européens de passer enfin
au stade de la puissance dans
tous les domaines. Et de le
faire avec le consentement de l'Angleterre
travailliste, grâce notamment à la réconciliation
morale spectaculaire avec Washington que Nicolas Sarkozy aura permise,
dès la fin de la présidence
Bush.
Troisièmement, et il s'agit
de l'élément le moins observé, Obama et McCain ont de très bonnes raisons de prolonger
au Moyen-Orient la politique
de Bush qui a porté ses
fruits ces deux dernières années : rétablissement d'un État irakien de plus en plus crédible
et recul précaire mais certain de l'islamisme pakistanais face à une démocratie rétablie contre les militaires. Se retirer d'Irak, peut-être plus vite que prévu et jeter
dans la bataille toutes les ressources américaines pour sauver le
Pakistan laïc et l'Afghanistan
actuel, sera la politique
de Washington, quoi qu'il arrive.
Enfin, des progrès notables sont à attendre de McCain comme d'Obama sur trois
terrains : le Mexique et plus largement,
l'immigration méso-américaine
; Cuba et la transition démocratique des régimes populistes en Amérique latine ; l'Iran, avec lequel un compromis demeure possible et souhaitable.
Sur ce
dernier point, du ministre actuel
de la Défense, Bob Gates - dont
on dit qu'Obama voudrait le conserver à son poste
-, au diplomate du rang le plus élevé
du Département d'État,
Nicholas Burns - qui, à peine à la retraite, déclare qu'il faut faire des ouvertures plus grandes à Téhéran -, cette évidence s'impose à tous. En somme, l'élection est loin d'être
inutile, notamment sur le
plan symbolique.
Mais les historiens un peu attentifs de cette période charnière
seront surtout sensibles au fait que le grand tournant américain a commencé à être pris par George W. Bush lui-même,
lorsqu'il eut limogé Rumsfeld et renoncé, à travers le diagnostic apaisant de
ses services secrets sur le
nucléaire iranien, à bombarder Téhéran ou à le soumettre par la coercition militaire.
En somme,
la démocratie américaine s'est encore fabriqué, au niveau de la classe dirigeante, des consensus dynamiques.
C'est même précisément grâce à cela qu'elle peut
aussi se permettre des alternances franches. Alors McCain ou Obama ? Nous verrons bien, dès
mardi.