En attendant Obama …
31/10/2008
Jamais campagne électorale aux États-Unis n'a été aussi
longue, aussi coûteuse, aussi médiatisée. Tout a été dit sur
l'affrontement sans précédent
entre deux candidats hors norme, dont le vainqueur devra conduire l'Amérique à travers l'une des périodes les plus difficiles de
son histoire.
À trois jours du scrutin, Barack Obama est favori. Les sondages, qui, eux aussi, n'ont jamais
été aussi nombreux, sont concordants. Les analystes aux États-Unis et les décideurs dans le reste du monde s'attendent à voir le candidat noir entrer le 20 janvier à la Maison-Blanche. Une révolution !
Mais attention ! Rien n'est joué tant
que les Américains n'ont pas voté. Et l'on oublie trop
souvent qu'une présidentielle aux États-Unis,
par le jeu des grands électeurs, se décline en cinquante consultations simultanées,
dans chacun des États de la fédération. Avec, en cas de scrutin serré, une incertitude décuplée.
L'essentiel du pays étant partagé en bastions démocrates (sur les côtes Est
et Ouest) et en bastions républicains
(dans l'intérieur), cette présidentielle, comme les précédentes, se jouera dans une
poignée d'États clés où l'issue
peut être incertaine : la Floride, l'Ohio, la Pennsylvanie, la Virginie…
Dans la plupart de ces swing states, Obama reste en tête dans les sondages.
Mais, parfois, de quelques points seulement. Et cela suffit à entretenir
le suspense.
Il est en effet possible de penser que les quelque 10 % d'indécis, qui n'ont pas encore cédé à près de deux ans de battage
médiatique autour de la personnalité d'Obama, pencheront majoritairement du côté républicain.
La grande question est de savoir si les enquêtes d'opinion disent vrai. La compétition n'a aucun équivalent dans le passé. Combien d'Américains, qui auraient normalement voté démocrate, seront-ils tentés, dans l'isoloir,
de choisir McCain à cause de la couleur
de la peau d'Obama ? Ce « racisme caché », que les sondeurs ont beaucoup de mal à évaluer parce qu'il
reste inavoué, peut causer bien des surprises.
La mésaventure de Tom Bradley, l'ancien
maire noir de Los Angeles, « élu »
à tort par les sondages gouverneur
de Californie, en 1982, hante
les démocrates.
À l'inverse, il n'est pas du tout impossible que l'on s'oriente
vers un raz de marée spectaculaire en faveur d'Obama. L'évolution de l'électorat, avec
le poids croissant des jeunes,
des hispaniques et des Noirs, incite à y croire. De même que l'irruption de la crise financière comme thème dominant en fin de campagne, qui vient souligner le discrédit de l'Administration sortante.
Compte tenu de la victoire très attendue
des démocrates au Congrès, ce serait alors
le début d'une nouvelle ère
aux États-Unis, comparable au triomphe
de Ronald Reagan, en 1980, contre Jimmy Carter. Mais, cette année-là,
ce fut un choc : personne ne s'attendait à une aussi large victoire du candidat républicain.
La campagne qui s'achève a été
riche en rebondissements imprévus.
Elle pourrait bien finir sur une
surprise. Mais laquelle ?