Mission accomplie. Barack Obama retourne aux États-Unis en ayant réussi sa
sortie dans le vaste monde.
Réputé inexpérimenté parce qu'il n'a
que trois ans de mandat de sénateur derrière lui, le candidat démocrate a montré qu'il n'avait
aucun complexe à avoir sur la scène internationale.
Les Européens, de leur côté, ont pu
vérifier l'efficacité redoutable de la campagne du
premier Noir à briguer la présidence
des États-Unis. L'«Obamania»
qui déferle en Europe n'en
sera que renforcée.
Il faut reconnaître que le charisme et le pouvoir de séduction dont il a fait preuve en Allemagne faisaient penser à John
F. Kennedy et à Ronald Reagan. Mais le
rapprochement est trompeur :
si les deux anciens chefs d'État ont écrit, chacun,
une page d'histoire à
Berlin, c'est parce qu'ils incarnaient la première
puissance de la planète, à des moments cruciaux de la guerre froide.
Barack Obama, lui, était
venu dans la ville symbole pour se faire élire. C'est très
différent, même si, là encore, la réussite a été
totale : l'accueil enthousiaste que lui ont fait 200 000 Berlinois a montré combien il contribue
déjà, par sa seule présence à ce stade
de la course à la présidence, à redonner
tout son lustre à l'Amérique.
Il y a bien longtemps que les États-Unis n'avaient bénéficié d'une telle opération
de relations publiques à l'étranger.
Si le candidat démocrate
est élu en novembre prochain, l'effet Obama
sera démultiplié et la réconciliation
entre Paris et Washington n'en sera que plus justifiée.
En recevant son hôte à l'Élysée, Nicolas Sarkozy pouvait donc souligner
avec fierté combien «les Français aiment les Américains». Le visage des États-Unis
que nous donne Barack
Obama, cette «convergence de vues»,
relevée sur bien des sujets, arrivent à point nommé pour
justifier le retour de notre pays dans
le commandement unifié de l'Otan et la recherche de meilleures relations transatlantiques.
L'Afghanistan sera le premier test pour la prochaine Administration américaine,
quelle qu'elle soit. Barack Obama a l'intention de demander aux Européens
d'en faire davantage. Il n'a pas expliqué comment il comptait remporter
cette guerre qui s'enlise. S'il veut obtenir
des alliés des sacrifices supplémentaires,
il lui faudra
utiliser toute sa force de persuasion et convaincre
les opinions publiques et les gouvernements
que le jeu en vaut la chandelle.
Superstar à Berlin, adoubé à Paris, Barack Obama va devoir redescendre sur terre pour se replonger dans l'empoignade électorale. Son triomphe européen ne fait pas automatiquement de lui le
prochain président des États-Unis.
Après le succès de sa tournée, il va
devoir veiller à ne pas ajouter
son nom à la longue liste des hommes
politiques devenus, au fil du temps, plus populaires à l'étranger que dans leur propre
pays : Tony Blair, Mikhaïl Gorbatchev,
Lech Walesa…