L'éditorial de Pierre Rousselin du 5 juin.
Vainqueur des primaires démocrates, Barack Obama sera le candidat
de son parti face à John
McCain dans l'élection du 4 novembre à la Maison-Blanche.
Qu'un métis de 46 ans, fils d'un Kényan, entré au Sénat il y a seulement
trois ans et demi, puisse accéder
à ce rang dans la démocratie des États-Unis est un événement historique.
On ne saluera jamais assez, surtout en cette ère d'antiaméricanisme
rampant, le chemin parcouru
par un pays pour lequel la question raciale a longtemps été un péché originel,
exploité avec hargne par ses adversaires idéologiques.
Avec Obama, une certaine idée de l'Amérique est de retour : celle d'une société
généreuse où l'égalité des chances n'est pas
un vain mot. L'«espoir» et le «changement»,
maîtres mots de sa campagne, renferment
cet idéal retrouvé, qui résonne dans le pays comme au-delà de ses frontières.
Pour cette raison, l'enthousiasme populaire soulevé par Barack Obama et une mobilisation sans égale ont marqué ces
interminables primaires. Jusqu'au dernier jour, lorsque le
candidat célébrait sa victoire, mardi
soir, devant une foule considérable
de partisans à Saint-Paul, à l'endroit même
où les républicains tiendront leur convention dans trois mois.
Toutefois, la résistance acharnée menée jusqu'au bout par Hillary
Clinton conduit à nuancer l'emballement des démocrates. L'ancienne First Lady a fédéré tous ceux qui, parmi eux, doutent
des promesses creuses d'Obama, de son rêve plein d'idéalisme mais sans doute assez éloigné des réalités, que Bill Clinton a eu la maladresse de qualifier ouvertement de «conte de fées».
Ces nombreux sceptiques sont une preuve vivante
des limites de «l'effet
Obama». Ils nous incitent, pour la suite, à nous méfier des prédictions hâtives de victoire démocrate en novembre, et de l'engouement qui
a été jusqu'à ce jour celui des médias américains, d'emblée séduits par un candidat au profil aussi novateur.
Maintenant que s'engage
le duel final avec John McCain, le premier test pour le candidat
démocrate va être de savoir que faire d'Hillary Clinton. Contre elle, il a gagné
la bataille. Saura-t-il gérer sa victoire ?
En tardant à reconnaître sa défaite, elle ne
l'aide en rien. Voilà que Barack Obama va devoir, pour la première fois,
adopter une attitude présidentielle.
La maintenir à distance serait manquer d'élégance et mécontenter la moitié des démocrates. Mais, lui faire une place dans son équipe pourrait bien être
un leurre et, plutôt qu'unir leurs forces, faire la somme de leurs faiblesses.
Face à John McCain,
le candidat démocrate doit changer de registre. Il faut maintenant convaincre toute une frange de l'électorat
qui est loin de lui être acquise. Il part avec un avantage certain puisqu'il a accumulé un trésor de guerre considérable et que le pays est, a priori, à l'affût d'un «changement», au terme de la présidence de George
W. Bush. Reste que
John McCain, malgré son âge
avancé, est, lui aussi un candidat
atypique capable de surprendre.
La bataille continue et demeure
tout aussi passionnante.