La France au secours de l'Otan
10/02/2008 | Mise à jour : 23:10 |
L'éditorial de Pierre Rousselin du 11 février.
En Afghanistan, l'Otan est
en grande difficulté. Sur le terrain, elle a beaucoup
de mal à résister au retour des talibans et, dans les états-majors,
elle peine à trouver des pays volontaires pour fournir des
troupes de combat. L'Alliance atlantique
ne résisterait pas à un échec
de sa première mission au-delà
des frontières de l'Europe.
La France, qui participe à l'effort
commun, peut contribuer à améliorer
les choses. Elle en a les moyens
et elle en a la volonté politique. En tout cas, davantage
que la plupart de ses alliés européens.
Puisque nous nous
sommes fixé pour but de peser davantage dans les décisions de l'Alliance atlantique et de relancer la défense européenne, l'Afghanistan sera pour nous un
premier test.
Américains, Anglais et
Canadiens sont déployés dans le sud et l'est du
pays, là où les combats sont le plus meurtriers. Ils en appellent
à plusieurs de leurs alliés européens,
qui ont pris position dans le Nord où
le danger est moindre, pour
qu'ils leur envoient des renforts dans le sud. Aucun
pays ne se porte
volontaire.
La situation en dit long sur la crise que traverse l'Otan. Les moyens manquent, le courage politique
fait défaut. Si chaque capitale peut limiter l'engagement géographique de ses
troupes parce qu'elle redoute la réaction de son
opinion, l'on ne voit plus très bien ce qui fait la cohésion d'une alliance militaire. Sur le champ de bataille, cela complique à l'extrême
la conduite des opérations.
Le recours systématique à ces restrictions d'emploi de troupes est
un mécanisme que les
instances de l'Otan devront
un jour reconsidérer.
En attendant, la France, qui
a pour mission de sécuriser Kaboul,
est prête
à faire plus. Depuis septembre dernier, notre aviation
effectue des missions d'appui
au sol à partir de Kandahar, où des Rafale vont rejoindre
les Mirage déjà en action. Nos forces spéciales, engagées entre 2003 et janvier 2007,
sont très appréciées des Américains. Elles s'apprêtent à reprendre du
service contre al-Qaida et les talibans. L'envoi de renforts est à l'étude dans des zones sensibles.
Parce qu'elles engagent la vie de nos soldats, ce
sont des décisions lourdes qui vont être prises. Pour qu'elles aient un
véritable impact, il faut qu'elles aient
une cohérence maximale, qu'elles puissent être comprises par l'opinion publique française comme par nos alliés.
Le message principal est que
la bataille pour l'Afghanistan
mérite d'être livrée autrement qu'à reculons. Il y va de notre sécurité d'Européens : si ce
pays lointain redevient un sanctuaire pour al-Qaida, le terrorisme ne tardera
pas à nous frapper directement.
Pour être
vraiment utile, l'engagement
de la France doit servir d'exemple et entraîner
celui de nos partenaires. L'Europe ne pourra faire entendre sa voix
et défendre ses intérêts dans un monde incertain si elle
n'est pas capable de déployer
quelques milliers d'hommes en situation de combat.
C'est en Afghanistan qu'il faut amorcer cette
prise de conscience pour remettre
sur les rails la défense européenne et l'Alliance
atlantique.