La fête de la liberté, pas encore de la prospérité

 

Jean-Claude Kiefer

 

La fête d'hier avec ses flonflons et ses symboles a surtout célébré la liberté conquise par le peuple. Car le Mur n'est pas tombé tout seul : il a été enfoncé par des dizaines de milliers de femmes et d'hommes, par des gens ordinaires, dans leur immense majorité sans convictions politiques. Cette foule n'avait qu'une seule et légitime envie : se rendre de l'autre côté de la ville divisée et, pour beaucoup, revoir des parents après 28 ans de mise en cage au nom de l'idéologie communiste.

 

En ce sens, la liberté, ce mot obscène et criminel dans toute dictature, a triomphé. Il est vrai que la conjoncture était favorable. Ce qui a été possible sous Gorbatchev au pouvoir à Moscou ne l'aurait jamais été dix ans plus tôt sous Brejnev... Mais si la liberté est indispensable à la démocratie, elle n'est pas son seul pilier. Sans bien-être économique et social, la liberté ne peut profiter à tous.

 

 La fin de la guerre froide a été suivie en Europe et aux Etats-Unis par un incroyable laxisme politique. Puisqu'en 1989 le « capitalisme » est sorti vainqueur de la grande joute idéologique, autant le débrider complètement ! Avec l'écroulement des pans industriels traditionnels, avec les délocalisations à tout va...

 

 A cause de la mondialisation accélérée par la chute du Mur ? Plutôt en raison d'une mondialisation que personne ne voulait contrôler. Aujourd'hui, la politique qui longtemps marchait de pair avec l'économie s'efface devant la finance. Les sphères dirigeantes n'ont pas vu venir la crise de l'été 2008. Même les timides « remèdes » du G20 ne sont pas appliqués : la spéculation est repartie de plus belle, la finance gonfle une nouvelle « bulle ».

 

 Consolider la démocratie à l'Ouest et à l'Est est impossible sans solution aux problèmes économiques. Impossible aussi tant que les Européens copieront les « modèles » américains. En plus de l'UE, la « Maison commune européenne » chère à Mikhaïl Gorbatchev reste à construire entre l'Atlantique et l'Asie. Elle implique une entente avec la Russie. Que le président Medvedev dont le pays a beaucoup perdu après 1989 ait assisté aux festivités de Berlin montre que Moscou ne se désintéresse pas du vieux continent. Encore faut-il que les capitales européennes l'acceptent, surtout dans les anciens satellites de l'URSS.

 Quant aux Etats-Unis, ils ont été priés par la chancelière Merkel de faire preuve de moins d'égoïsme. Un langage inimaginable il y a 20 ans. C'est aussi une conséquence de la chute du Mur : au nom de l'Europe, l'Allemagne s'affirme. Tant mieux. La France a été trop longtemps seule à tenir ce genre de propos.

 

Édition du Mar 10 nov. 2009