Une carte d'avance
Dominique
Jung
L'abandon, par Barack Obama, du dispositif
antimissile que George Bush voulait
déployer en Pologne et en République tchèque est une décision
importante.
Elle concentre,
à part la concurrence avec la Chine et le contentieux
israélo-palestinien, tous
les grands dossiers diplomatiques
auxquels Obama est confronté :
relations avec les alliés européens
; relations avec la Russie ; attitude envers l'Iran ; évaluation des menaces hostiles qui pèsent
sur les États-Unis ; ampleur du budget attribué à la défense.
Moscou n'a jamais
digéré que la Pologne et les autres "pays
frères", naguère ligotés
au Kremlin, passent avec armes
et bagages dans le camp de l'OTAN. Le bouclier dont rêvait Bush était un énorme contentieux. Le renoncement à ce projet ravit
forcément les Russes,
prompts à voir des menaces dans
tout ce qui se passe à leurs frontières et, via les
satellites, au-dessus de leurs
têtes.
La France et l'Allemagne, attentives à ce que les États-Unis
ne prennent pas l'Europe
pour un protectorat, ont également salué le choix d'Obama. En cela elles se différencient
des ex-"pays de l'Est" entrés
en 2004 dans l'Union européenne, qui sont très déçus par ce qu'ils considèrent
comme une allégeance à Moscou. Ils ont tant
souffert de la tutelle soviétique que tout ce qui peut défier
le Kremlin les réjouit. C'est
pourquoi Varsovie et Prague
avaient salué le projet de Bush.
Le raisonnement
d'Obama est fondé sur la conviction que l'Iran est
incapable de développer des missiles à longue portée. Inutile de paniquer. Donc mieux vaut
utiliser ce dossier sensible pour calmer le jeu
international.
Première réponse,
aimable, dès hier : la
Russie a renoncé à son projet d'installer des missiles Iskander dans l'enclave
de Kaliningrad qu'elle possède
au milieu de l'Union européenne.
Par contre, il n'est nullement acquis qu'elle renonce à vendre des armes à l'Iran ou qu'elle veuille
sanctionner ce pays dont les provocations ne la dérangent
pas.
Au fond, le pari de la Maison Blanche est très raisonnable.
Si ultérieurement la Russie
ne répond pas à la main ainsi
tendue, Obama n'aura rien perdu. Mais
il aura une raison
objective de se durcir si
la Russie veut faire
cavalier seul dans le Caucase ou si
elle est peu coopérative en Afghanistan.
Faire le premier pas n'est pas la plus mauvaise façon d'amener un rival à davantage de compréhension.
Si en plus cela permet de se débarrasser d'un projet extrêmement coûteux et dont l'efficacité était incertaine, seuls les amateurs de surenchère militaire crieront à l'hérésie.
Pour l'instant Obama
a une carte d'avance, face à Moscou comme face à Téhéran. Habile !