Dans le bourbier de l'«Afpak»

 

Des terroristes progressent jusqu'aux sites où sont entreposées les bombes atomiques, l'armée régulière a du mal à contenir les rebelles dans une région encombrée par un million de réfugiés fuyant les combats... Un scénario de film-catastrophe ? Non, la triste réalité telle qu'elle est vécue depuis fin avril au nord-ouest du Pakistan. Avec chaque jour son lot d'horreurs confirmant une inquiétante certitude : les talibans sont maîtres du terrain.

 

 Dans cette guerre civile, religieuse et révolutionnaire sur fond de féodalisme, plus personne ne sait vraiment qui sont les victimes et qui sont les bourreaux. L'aviation pakistanaise bombarde les villes et les villages, les talibans exécutent à tout va sous prétexte d'appliquer la « charia » en s'en prenant particulièrement aux femmes non voilées et aux collèges d'enseignement pour jeunes filles. Des établissements d'ailleurs pratiquement tous fermés dans la province de Swat, autrefois haut lieu touristique surnommé « la Suisse du Pakistan ».

 

 Que de questions sans réponse, aussi ! Par exemple, l'armée pakistanaise - un Etat dans l'Etat - est-elle vraiment engagée à fond contre ces talibans ? Ou ne mène-t-elle, frappes aériennes incontrôlées à l'appui, qu'une opération de diversion, car pour les militaires le vrai « ennemi » reste l'Inde, d'ailleurs accusée d'avoir fomenté les troubles. L'état-major ne voudrait pas disperser ses forces, d'autant moins peut-être que dans le passé ceux appelés aujourd'hui « talibans » étaient de précieux alliés dans la lutte pour le Cachemire ou le contrôle des zones tribales aux portes de l'Afghanistan.

 

 D'ailleurs, qui sont-ils, ces talibans pakistanais ? Pas tous membres d'al-Qaïda, également des autonomistes, des guerriers tribaux ou encore des paysans en révolte contre leurs propriétaires fonciers. Quelques prêcheurs intégristes ont su, selon une rengaine éprouvée promettant la justice « divine » et le paradis pour les djihadistes, rassembler tous ces mécontentements. Le très faible président Zardari, plus connu pour ses frasques que pour ses prouesses politiques, a laissé faire. Il a même placé Swat sous la loi des tribunaux islamiques, croyant ainsi acheter les « barbus ». Ils ont aussitôt essaimé vers les contrées voisines.

 

 Finalement, ce n'est que depuis trois semaines, sur injonction de Washington menaçant de couper les aides au Pakistan - allié incertain mais essentiel dans la guerre en Afghanistan -, que l'armée d'Islamabad réagit. Au prix fort pour les populations civiles prises entre deux feux.

 

 Or le Pakistan est une puissance nucléaire. Que ce pays tombe aux mains de fanatiques paraît inimaginable. Et pourtant... Les Etats-Unis et leurs alliés de l'Otan sont face à un nouvel immense bourbier. Les Américains lui ont déjà donné un nom : l'« Afpak » pour Afghanistan et Pakistan. Car tout se tient...