Mystère afghan

 

Une discrète et douloureuse cérémonie militaire honorait hier à Moscou les morts soviétiques - officiellement 13 000 - de la guerre d'Afghanistan menée par l'Armée rouge entre 1979 et 1989... Dans quelques jours, le président Obama devrait annoncer l'envoi de nouveaux renforts américains pour l'autre guerre d'Afghanistan, celle qui a débuté fin 2001 et qui n'en finit plus.

 

 Certes, les deux événements ne peuvent être confondus. En 1979, l'URSS de Brejnev cherchait à « sauver » un régime communiste vassal. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, Américains et Occidentaux traquent al-Qaïda et les talibans au nom de l'opération « Liberté immuable », dans le but d'établir une démocratie à Kaboul. Sans grand succès jusqu'à présent. Les néo-talibans sont de plus en plus nombreux, les attentats se multiplient, l'économie se résume à l'opium et la corruption gangrène tous les efforts. Par exemple, une partie des armes livrées à la nouvelle armée afghane est revendue aux rebelles, un avatar qu'avaient également connu les Russes avec « leur » armée afghane « communiste ». Ce n'est pas le seul point commun. Les Occidentaux passent désormais pour des envahisseurs. Comme les Soviétiques en leur temps.

 

 Alors, pourquoi ces renforts ? Pourquoi l'appel pressant aux Européens de fournir de nouveaux contingents, et surtout des troupes combattantes ? L'insistance de vouloir s'engager davantage en Afghanistan reste le point obscur du programme de Barack Obama. L'électorat américain n'a, semble-t-il, retenu que le désengagement en Irak promis par le candidat à la Maison Blanche - un désengagement approuvé par toute la communauté internationale - sans s'interroger sur l'Afghanistan.

 

 Avec 30 000 soldats de plus - ou 50 000 si les Européens répondent à l'appel -, les Américains auront-ils plus de chances de mettre la main sur Ben Laden et le mollah Omar, d'éradiquer le terrorisme, de stabiliser l'Afghanistan pour - par un bénéfique effet de contagion - calmer l'effervescence islamiste au Pakistan voisin, réelle source d'inquiétudes ? Difficile à croire : le Pakistan est un pays d'une toute autre dimension avec presque 170 millions d'habitants... et l'arme nucléaire.

 

 Il y a une part de mystère dans la volonté qu'affiche Barack Obama. Il semble s'engager davantage à Kaboul qu'au Proche-Orient. Depuis son investiture, il déploie d'intenses efforts diplomatiques pour sa nouvelle politique afghane en battant froid le président Hamid Karzaï, l'inefficace protégé de George W. Bush. Peut-être fallut-il trouver une nouvelle mission à l'armée qui quittera l'Irak sans avoir terminé le « travail ».

 

 Les alliés de Washington, vivement sollicités, sont en droit d'attendre une vraie réponse. Au sommet de l'OTAN, début avril à Strasbourg ?

 

Édition du Lun 16 fév. 2009