Le bal des vampires »

 

Qu'elle est cruelle, la crise, pour les dirigeants de la planète ! La rencontre de Davos qui vient de se terminer faisait presque soupe populaire. Ainsi, un hôtelier d'un très chic établissement de la station de ski suisse a constaté avec effroi que cette année, lors des multiples réceptions, il avait été servi plus de vin blanc que de champagne et plus de canapés à la viande des Grisons que de toasts au caviar... Un signe des temps.

 

 L'anecdote mise à part, la rencontre de Davos - qualifiée de « bal des vampires » par le polémiste Jean Ziegler puisqu'elle aurait réuni tous les responsables de la crise économique - a vraiment été décevante. Inquiétante même.

 

 D'abord, de nombreuses personnalités invitées ne se sont même pas déplacées, considérant avec raison que dans la situation actuelle, leur travail au gouvernement ou dans l'entreprise était plus urgent que la participation à des mondanités politico-économiques. D'ailleurs, il n'y a plus rien à célébrer à Davos, et certainement pas le libéralisme triomphant porté aux nues des années durant. Seul Vladimir Poutine a encore osé jouer cette partition éculée en encensant le dynamisme de la libre-entreprise..., ce qui est pour le moins déroutant.

 

 Ensuite, Davos 2009 se caractérise par un volumineux florilège de « Il n'y a qu'à » et « Il faut que » répétés au long de 200 conférences et « séminaires ». Certes, constater qu'il faut « rétablir la confiance, chercher des solutions globales et combattre les déficits » est important voire primordial. Malheureusement, aucune recette n'a été proposée. Peut-être aussi parce que brûler aujourd'hui ce qu'on a adoré hier n'est pas à la portée de tous.

 

 Pourtant, dans le passé, en félicitant tel chef de gouvernement pour son courage réformateur (par exemple l'ancien chancelier Gerhard Schröder) ou tel financier pour sa madrigale-miracle, Davos avait créé des émules et poussé à d'éphémères feux d'artifice aujourd'hui noyés dans la récession. Mais pour sortir de la crise actuelle, pas la moindre solution en vue.

 

 Finalement, des rencontres de ce type ne servent plus à rien, du moins sur les plans économiques et politiques. Les seuls à ne l'avoir pas encore compris sont les manifestants qui samedi avaient affronté la police de Genève.

 

 Mais soyons justes. Il y avait au moins un (petit) optimiste à Davos : l'ancien président américain Bill Clinton, un habitué des conférences grassement rémunérées. Il a lancé sous les applaudissements un « Courage ! Nous surmonterons la crise ». Quel soulagement !

 

Édition du Lun 2 fév. 2009