Le
nouveau cap d'Obama
Parmi les innombrables défis de politique étrangère posés à Barack Obama,
la question du Proche-Orient est
aussi prioritaire que le retrait américain d'Irak ou la lutte contre
le terrorisme islamiste. Tous ces dossiers brûlants sont liés
par un noeud inextricable où
s'entremêlent les fils de haine confondant Israël, États-Unis, Europe et
Occident en général. La Palestine, dans un sens géographique
non défini, est prétexte à tous les extrémismes, du Hezbollah au Hamas en passant par divers groupuscules. Sous l'orchestration du grand ordonnateur iranien.
Il y a fort à craindre que la sanglante offensive israélienne à
Gaza va encore exacerber
les passions. Même si le cessez-le-feu semble respecté, même si Tsahal a retiré
ses blindés, rien n'est réglé
sur place et ne le sera pas tant
que les frontières de ce minuscule territoire resteront fermées. Autoriser le passage des convois humanitaires ou des camions de fioul permet à la population de survivre, pas de vivre.
La poursuite
du blocus israélien ne fera pas oublier de sitôt les centaines d'enfants et de civils tués dans des tirs
aveugles détruisant aussi écoles, bâtiments
de l'ONU, hôpitaux et mosquées. L'« excuse » arguant
que les combattants du
Hamas s'abritaient derrière la population - ce qui est pourtant
vrai - ne passe plus. Les plaintes pour crimes de guerre et emploi
d'armes prohibées (bombes
au phosphore blanc) s'amoncellent. Israël a perdu une bonne
part de son capital de sympathie en Europe et s'est aliéné la Turquie, son seul allié musulman. Quant aux pays arabes proches de Washington qui avaient, en départ de discussion,
proposé un plan de paix sur la base des frontières d'avant juin 1967, ils semblent aujourd'hui
- Ryad en tête - regretter leur initiative. Comme pour définitivement isoler l'État hébreu.
Ce
n'est malheureusement pas
tout. Le Hamas terroriste est
sorti grand vainqueur politique de cette guerre dont les buts militaires n'ont pas été atteints.
Affaibli en Cisjordanie où l'Autorité palestinienne
n'existe que sous forme de confettis
entre des colonies israéliennes de plus en plus envahissantes, Mahmoud Abbas
propose l'« union nationale » à ses adversaires islamistes. Le temps n'est plus très loin où le Hamas, sans reconnaître Israël mais en renonçant à la violence, deviendra un interlocuteur valable. Déjà plusieurs capitales européennes, dont Paris, prennent contact avec
l'organisation longtemps honnie.
Le président
Obama est face à un désastre.
Même si l'appui
de Washington à l'État hébreu
ne fera jamais doute, l'ère Bush, avec ses chèques en blanc aux gouvernements israéliens successifs, est révolue. Tout le processus de paix tel que l'avaient
mené les États-Unis est à reconstruire. Avec une nouvelle volonté de traiter Israéliens, Palestiniens et Arabes voisins sur un pied d'égalité
Édition du Ven 23 jan. 2009