Des intentions, pas de solution

 

By Jean-Claude Kiefer

 

Des dizaines de milliers d'Irakiens morts, des millions de réfugiés, près de 4 000 soldats américains tués, des attentats quotidiens, un pays dévasté... et, selon le Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, une ardoise directe ou indirecte de 3 000 milliards de dollars, payée à crédit, qui a largement contribué à la baisse du dollar ! Dresser le bilan comptable de cinq années de guerre en Irak est impossible.

 

 Établir un bilan politique n'est pas plus aisé, tout en le sachant catastrophique : les États-Unis discrédités, le terrorisme islamiste en expansion, une tension extrême dans tout le Moyen-Orient, la radicalisation de la crise israélo-palestinienne avec le Hamas à Gaza, l'Iran érigé en puissance régionale et bientôt nucléaire, les régimes arabes pro-occidentaux contestés, la route du pétrole - même très cher - menacée... Et la liste n'est pas exhaustive ! Dans quelques années, les historiens la compléteront en constatant des mutations encore plus profondes. Par exemple, la domination de l'islam chiite sur l'islam sunnite et la disparition des communautés chrétiennes arabes.

 

 Seul le président Bush ose encore parler de « victoire » en se félicitant de la « bonne décision » prise en mars 2003. Mais l'ère Bush se termine et la question qui importe concerne les intentions de son successeur, en sachant que dans l'opinion publique américaine cette guerre semble être passée au second plan, après les préoccupations économiques.

 

 Dans le camp démocrate, Barack Obama et Hillary Clinton évoquent un rapatriement plus ou moins rapide des troupes sans préciser dans quel état sera laissé l'Irak. Le candidat républicain John McCain parle sans langue de bois : une présence militaire américaine restera indispensable en Irak, pendant des années, s'il le faut. « Jusqu'à la victoire », dit-il en substance.

 

 Sa déclaration a la brutalité de la franchise : un retrait précipité d'Irak laisserait la place vacante à l'Iran qui, rapidement, étendrait son influence jusqu'au Golfe, puis à l'Ouest le Hezbollah libanais, la Syrie et le Hamas comptent déjà parmi les fidèles de Téhéran. Le maintien américain en Irak éviterait ainsi un nouveau casus belli.

 

 En réalité, personne aux États-Unis ne sait comment sortir de cet engrenage. La solution militaire reste illusoire et aucune solution politique n'est en vue, la « démocratisation » ayant échoué sous les coups du terrorisme, dans le fanatisme religieux et dans la corruption généralisée. Alors, on temporise... On reparlera encore longtemps de l'Irak, au moins jusqu'à la fin du second mandat du futur président américain.