La Suisse a su tirer le meilleur parti de sa
justice
Éditorial
Thierry Meyer
13.07.2010
Indépendance, respect du droit, cohérence. Un peu plus de neuf
mois après l’arrestation si controversée de Roman Polanski
à l’aéroport de Zurich, la Suisse a accouché d’une décision d’une limpidité et d’une logique remarquables.
Il faut rendre
aux services du Département fédéral
de justice et police, et à sa cheffe,
Eveline Widmer-Schlumpf, très à l’aise
à l’heure des explications, d’avoir
su tirer le meilleur parti d’une position fondée depuis le début sur une interprétation juridique stricte.
Pas besoin
d’avoir une mémoire d’éléphant pour se
souvenir des tombereaux d’injures
proférées par un monde culturel francophone tout estomaqué
qu’on puisse toucher à une icône.
La Suisse s’était mise dans l’embarras, entre le marteau de la justice américaine et l’enclume des reproches français.
A
posteriori, la double manifestation d’indépendance – l’arrestation d’abord, la
non-extradition ensuite – confère
à cette longue procédure une légitimité bienvenue.
Elle permet de réaffirmer,
à travers le principe de la bonne foi, la primauté donnée à l’accusé lorsque le doute subsiste. Et là,
sans avoir à juger le fond d’une affaire vieille de 33 ans, la Suisse n’a pas obtenu des Etats-Unis les précisions qui s’imposaient.
On ne saurait donc parler
de justice de classe. C’est le contraire qui est vrai:
Roman Polanski a subi sa détention sans autre concession que celle permise
par la caution qu’il avait payée, il bénéficie
aujourd’hui de la même
rigueur dans l’application
du droit. La morale est sauve, et avec elle l’honneur de la Suisse.